Marathon parisien – épisode 2

Après notre coup de cœur à l’exposition « Quoi de neuf au Moyen-Age? » (à lire juste ici), des sushis pas frais (😕) et une bonne nuit de sommeil, le Rat Prof et moi sommes prêts pour une nouvelle journée de découvertes parisiennes! Au programme : Hergé au Grand Palais le matin, et la collection Chtchoukine à la fondation Louis Vuitton l’après-midi… Nous avions bien entendu réservé nos billets sur Internet quelques jours avant de partir et bien nous en a pris! L’exposition Hergé s’est remplie au fur et à mesure de notre visite ;  quant à la fondation Louis Vuitton, je vous ferai la grâce de ne pas vous dépeindre dans le détail les files de visiteurs serpentant presque jusqu’aux guérites à l’entrée du parc, dans un froid glacial!

Mais commençons par le commencement… Hergé!

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Ce nom n’évoquait pas grand-chose pour moi, à part les souvenirs d’après-midi de lecture chez mes grands-parents, au fil des pages (déjà bien cornées par mon père et ses frères) des premières éditions des aventures de Tintin. C’est donc sans a priori (et sans réelles attentes non plus, j’avoue…) que dès dix heures du matin je me suis présentée, aux côtés du Rat Prof, devant l’entrée Champs-Élysées du Grand Palais.

Première surprise : l’exposition adopte un parcours original, à rebours de la traditionnelle chronologie, ce qui permet au visiteur de se replonger dans le passé et les influences du créateur de Tintin, au fil des archives dévoilées de salle en salle. Bien entendu, le petit reporter à mèche blonde est extrêmement présent, aux côtés de ses amis de toujours, du truculent Haddock à la plantureuse Bianca Castafiore.

La personnalité et la carrière du Belge Georges Rémi, alias Hergé, sont néanmoins illustrées avec pertinence ; on le découvre d’abord en collectionneur âgé mais ouvert à la modernité et aux talents de son temps, écoutant Bowie et accrochant fièrement sur ses murs son portrait par Warhol ou les cathédrales de Lichtenstein.Portrait d'Hergé par Warhol Puis, à mesure qu’on remonte aux origines, le voici en pape de la bande dessinée, créateur des studios Hergé qui emploient dessinateurs et coloristes… contribuant chacun à leur manière à la naissance des dernières aventures de Tintin, du découpage des images à l’encrage, puis à la mise en couleur, en passant bien sûr par le crayonné qui précise les attitudes des personnages. Dans ses Entretiens avec Numa Sadoul, le dessinateur confiait à propos de cette étape cruciale : « C’est à ce stade que j’utilise toute mon énergie. Je dessine furieusement, rageusement, je gomme, je rature, je fulmine, je surcharge, je m’acharne, je jure, j’esquisse une autre attitude. Il arrive même parfois qu’à force de revenir sur une attitude, je perce le papier, tout occupé que je suis à donner le maximum d’intensité à l’expression ou au mouvement. »

Très didactique, ce passage de l’exposition illustre parfaitement le face à face entre le créateur et son œuvre, notamment grâce aux planches présentées à différentes étapes de leur réalisation. Sur le papier jauni par le temps, les corrections se remarquent d’autant plus : ici, Hergé a raturé avec véhémence le texte d’une des bulles ; là, le dessin se mouchète de correcteur opaque, qui vient masquer quelques traits visiblement mal placés. Enfin, les esquisses terminées, le blanc, extrêmement structurant, et les couleurs, posées en aplat pour une plus grande « fraîcheur » du dessin, jouent un rôle qu’on ne leur soupçonnait pas. La passion et l’énergie créatrice qui se dégagent de ces émouvantes archives sont palpables.

Quick et Flupke, Jo, Zette et Jocko (qu’Hergé n’a finalement jamais beaucoup apprécié), les années « Petit Vingtième », la belle rencontre avec Tchang, le jeune Chinois qui l’incitera à mieux connaître les civilisations qu’il dépeignait dans ses histoires… tout cela est présenté avec simplicité et pédagogie pour le plus grand plaisir du visiteur. J’ai ainsi appris, par exemple, que tous les caractères chinois insérés dans Le Lotus Bleu possédaient réellement une signification en rapport avec la scène dessinée.

Les commissaires sont parvenus, et c’est une grande réussite, à ne verser ni dans le très technique (et tout le jargon qu’il suppose), ni dans la simplification à outrance, spéciale « grand public », que je redoutais un peu. La scénographie est bien pensée, alternant entre le « décoratif » (le mur de couvertures d’albums, ou les adhésifs muraux reproduisant des scènes classiques) et la présentation plus explicative, notamment pour évoquer les jeunes années d’Hergé et les commandes qu’il a honorées pour la publicité.

L’exposition se conclue sur les premières esquisses de celui que ses camarades scouts surnommaient « Renard Curieux », et dont on réalise qu’il a toujours conçu le dessin comme un exercice de rigueur, à pratiquer consciencieusement, encore et encore, afin d’en approcher la maîtrise.

A la sortie, mon regard de Rat de Musée a vraiment changé sur ce dessinateur, dont je ne connaissais finalement que très peu la carrière en dehors de Tintin, et que j’ai été ravie de découvrir en amateur éclairé, en talentueux illustrateur publicitaire ou encore, et c’est un aspect très touchant, en « peintre du dimanche » portraiturant sa femme ou s’essayant à l’abstraction, tout en regrettant, peut-être, de ne pouvoir s’y consacrer pleinement.

« J’aime mes personnages, je crois en eux, ils existent pour moi. Il me semble que je réagirais comme eux si je me trouvais dans les situations où je les ai placés. »

Hergé

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La fresque finale, un régal.

J’avais prévu de vous résumer Hergé et Chtchoukine en un seul article, mais je me rends compte que j’ai eu les yeux plus gros que le ventre!

La suite, donc, au prochain épisode…

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Marathon parisien – épisode un.

Les jours ont beau raccourcir, les semaines semblent s’écouler au goutte à goutte en ce moment… La parade est simple : pour contrer grisaille et routine, rien de tel qu’une petite escapade culturelle! Il y a quelques jours, le Rat Prof et moi avons donc réservé une nuit d’hôtel à Paris, avec trois objectifs (culturels) en tête : l’exposition « Quoi de neuf au Moyen-Âge? » à la Cité des Sciences, la découverte de l’univers d’Hergé au Grand Palais et la présentation de la très riche collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton.

Le Rat de Musée vous invite sur ses traces, à travers trois grandes expos du moment… suivez le guide!

Épisode 1 : Quoi de neuf au Moyen-Âge?

C’est par une frisquette matinée de décembre que nous prenons le train pour la capitale… Une fois le sac posé à l’hôtel, et après un brunch très sympathique dans le parc de la Villette (je recommande « La Petite Halle ») en compagnie de mon frère et de sa compagne, nous nous dirigeons tous les quatre vers la Cité des Sciences et de l’Industrie, immense bâtiment gris semblable à un navire à quai au bord du canal Saint-Denis. Nous choisissons de faire d’abord un tour dans les différentes expositions temporaires au niveau « Explora 1 », le niveau 0 étant réservé aux enfants (j’irai faire un tour la prochaine fois, si les adultes non accompagnés sont autorisés, bien sûr!  😉 ).

Nous y découvrons notamment l’exposition « Mutations urbaines », consacrée aux villes d’hier, d’aujourd’hui, et de demain. A priori, ce n’est pas un sujet qui me passionne, mais j’ai été agréablement surprise par la disposition aérée des modules interactifs et leur intérêt, des « gated communities » aux énergies renouvelables (super « manège des salades », modélisé sur ceux de Singapour), en passant par la belle idée de la carte sensible à colorier et à faire scanner pour la recevoir chez soi.

L’exposition suivante, « Objectifs Terre », me retient moins ; mais, par curiosité, nous assistons à une séance de médiation sur le thème des incohérences scientifiques dans la science-fiction ; elle se révèle très intéressante pour les enfants et amusante pour les adultes, avec des exemples tirés des univers de Star Wars ou des comics Marvel, et  même quelques manipulations (observation des vapeurs froides dégagées par l’azote liquide, ou démonstration des effets de l’absence d’oxygène dans l’espace).

Galerie

Enfin, nous découvrons le clou de notre après-midi, l’exposition « Quoi de neuf au Moyen-Âge? », dont la présentation se répartit sur deux étages. Dès son entrée, le visiteur est guidé dans la galerie du temps, son cheminement ponctué par les dates importantes et le rappel des généalogies sur les parois.

C’est après avoir gravi quelques marches, cependant, que le cœur de l’exposition se révèle : nous découvrons un premier espace clair, tout en bois blond et sols colorés, puis d’autres « terrains de jeux » aux éclairages modulés… jusqu’au noir quasi-complet d’un espace de projection, au cœur duquel le visiteur se laisse volontiers charmer par une séquence de fabliaux remarquablement animés, et dans lesquels des personnages en toile de jute peinte apprennent à leurs dépens à ne pas se fier à leur prochain… Chaque petit conte, narré par un troubadour, est prétexte à une explication très pédagogique sur une carte animée resituant le contexte historique, géographique et culturel.

Le conteur n’est d’ailleurs pas le seul personnage que nous croiserons dans les espaces d’exposition : ici et là, en effet, de petits tréteaux de bois, sortes de castelets recréant l’environnement d’illustres aïeux, ponctuent l’espace. Dans ce décor figé, Hildegarde de Bingen ou Thomas Beckett dressent leurs silhouettes de contreplaqué, seulement animées par le visage d’un comédien, le temps d’une courte autobiographie.

Extrêmement ludiques, les modules mis à disposition des visiteurs, qui dressent un large panel des découvertes scientifiques les plus récentes sur les us et coutumes du Moyen-Âge, font la part belle aux interactions et aux manipulations : on apprend ainsi à bâtir un arc en plein cintre à l’aide de blocs de caoutchouc, à cloisonner un bijou émaillé, ou encore à jouer à la mérelle, à mi-chemin entre les dames et le morpion.

Au fil du parcours, de nombreux quizz permettent de faire le point sur les connaissances acquises. Ma préférence, parmi tous ces trésors de médiation (aussi appréciés des adultes que des enfants, comme nous avons pu le constater le jour de notre visite), revient au bac de fouilles interactif, dans lequel le visiteur est invité à pelleter le sable pour y dénicher des objets insolites ou, qui sait, de belles trouvailles archéologiques! J’ai trouvé très pertinente l’utilisation combinée d’un dispositif « en dur » et d’une projection vidéo réagissant aux interventions du visiteur, qui permet l’apport d’un contenu supplémentaire tout en autorisant la manipulation.

Le Rat Prof et moi avons beaucoup apprécié cette exposition, à la fois pour les contenus très didactiques, relativement faciles d’accès grâce à leur mise en forme très étudiée, et pour les expériences proposées au cours de la visite, dans un espace ludique, agréable, et adapté à différents types de publics. Un vrai coup de cœur!

Mise au parfum à Museomix Grasse!

Au mois de novembre 2015, je vous décrivais sur le blog ma découverte de la formidable communauté Museomix et ma participation à l’édition de Roubaix (juste ici).

Cette année, lorsque la liste des quinze lieux accueillant Museomix (entre Québec, Italie, Belgique, France et Suisse), a été rendue publique, le choix n’a pas été facile pour le Rat : tiraillée entre l’agréable perspective de retrouver la plupart des museomixeurs du Nord à Douai, et celle de faire enfin connaissance « en vrai » avec certaines personnes très inspirantes croisées sur les réseaux sociaux (qui avaient quant à elles opté pour Reims et son beau Palais du Tau), j’ai finalement choisi le grand Sud et son ciel azuré. A quelques kilomètres de cette Méditerranée qui m’est si chère, niché au cœur de l’odorante ville de Grasse, où s’épanouissent huit mois sur douze orangers et bosquets de roses, le Musée International de la Parfumerie me tendait les bras… et j’ai sauté avec bonheur sur l’occasion de découvrir à la fois une structure culturelle d’exception, une région idyllique, et des savoir-faire uniques.

La ville de Grasse

Ma participation a été acceptée au mois de juillet (la sélection, comme l’année précédente, se faisant sur profil et degré de motivation) ; mais il a fallu attendre novembre pour enfin boucler ma valise, direction le Sud.

L’aventure Museomix commence pour moi par le dépaysement ; dans le train qui traverse à grande vitesse des paysages de plus en plus vallonnés, sous un soleil de plus en plus présent, l’accent chantant de ma voisine de travée convoque des souvenirs de vacances en famille, d’odeurs de maquis et de reflets scintillants sur l’eau de la mer. À la gare d’Aix-en-Provence, je retrouve mes parents, qui m’ont fait le merveilleux cadeau de partager ces quelques jours avec moi. Nous nous voyons peu, surtout depuis mon installation en Picardie, et mon envie de museomixer le MIP de Grasse nous a paru une occasion idéale pour des retrouvailles. Le Rat Prof ayant d’autres projets, c’est donc tous les trois que nous allons découvrir la Côte d’Azur. Arrivée le mercredi soir, je profite de la journée du jeudi pour visiter la chapelle de Vence (une petite déception, mais j’y reviendrai peut-être dans un article dédié), et flâner dans les ruelles de Grasse.

Le vendredi matin, les choses sérieuses peuvent commencer : rendez-vous à 9h au Musée International de la Parfumerie pour la remise des badges, joliment découpés en forme de flacons de parfum, et attachés à des cordons dont la couleur varie en fonction de la mission de son porteur. J’hérite d’un lien noir, celui des médiateurs, chargés de faciliter les interactions entre l’usager, le musée, et le prototype créé en trois jours par les futures équipes.

Après une rapide visite des lieux (c’est grand, c’est beau, ça sent bon), rendez-vous en salle de conférence pour la première plénière. Autour des thèmes retenus (la chimie, le métier de parfumeur, l’emballage, le parfum à travers les âges ou encore l’orientation dans le musée), la réflexion collective s’engage, chacun livrant son ressenti sur le sujet via des Post-it collés à même le mur. Puis vient le moment fatidique du choix : je dépose mon badge dans le sac correspondant au métier de parfumeur, et croise les doigts bien fort pour être tirée au sort en premier! Je rejoins mes futurs collègues (maker, développeur, communicante, spécialiste contenus, graphiste et facilitatrice) pour faire connaissance et commencer le brainstorming.

La première journée s’écoule relativement vite et dans la bonne humeur : je suis aux anges de retrouver l’esprit Museomix, ce mélange d’humour potache, de travail assidu, de curiosité insatiable et de désir d’aller vers l’autre, gages d’échanges fluides et passionnants. Cerise sur le gâteau, les locaux de travail sont aérés, plutôt lumineux et compartimentés en espaces bien définis ; le Fab Lab et le Brico Lab, où nous irons nous approvisionner et chercher conseil pour construire notre prototype, mettent à notre disposition beaucoup de matériel de qualité (autant que je puisse en juger! 😉 ) ; quant à la partie catering (restauration), elle est gérée de main de maître, avec des plateaux spéciaux pour les intolérants, et des alternatives sympa pour les autres (nous sommes trois végétariennes dans l’équipe, et il y en a beaucoup parmi les autres participants… c’est donc très appréciable!).

Le pianodeursLe samedi, nous affinons notre projet : nous avons choisi de construire un « Pianodeurs », un dispositif proposant une expérience olfactive immersive ; en d’autres termes, une porte d’entrée dans l’univers fascinant du créateur de parfums, qui assemble les notes pour composer des accords plus ou moins complexes, exactement comme le ferait un compositeur inspiré. Outre la réalisation du prototype, nous effectuons un certain nombre de recherches sur les parfumeurs célèbres et leurs réalisations les plus connues, dans l’optique de proposer un contenu documentaire derrière chaque accord, en fonction des notes dominantes. Le Rat de Musée se délecte des échanges avec les parfumeuses installées dans une pièce réservée, et qui partagent leur savoir avec simplicité et passion : notes de tête, de cœur, de fond… familles hespéridées, florales, boisées ou chyprées… réminiscences olfactives, grain de peau et chaleur corporelle… C’est un nouveau monde qui s’ouvre à moi, et je m’y laisse emporter, toutes narines frémissantes.

Quant au musée, quelle richesse! Il n’est certes pas facile de s’y orienter car il est composé de plusieurs blocs que desservent des ascenseurs différents ; mais, au détour d’une salle décorée d’une fresque héritée de la Révolution, quel plaisir de découvrir le coffret de toilette de Marie-Antoinette et ses accessoires si délicats, ou, plus loin, de flâner nez au vent dans la serre spécialement aménagée au beau milieu de l’établissement, avant de plonger au sous-sol pour s’émerveiller devant l’orgue du maître parfumeur Jean Carles! Et que dire du privilège unique d’arpenter en solitaire les longues coursives désertées après la fermeture au public, et de se croire pour quelques instants seul maître à bord…

Le dimanche, dernière ligne droite avant la présentation au public ; les détails techniques nous préoccupent, nous avons peut-être visé trop haut… mais, en se serrant les coudes et en rusant un peu, nous parvenons à proposer un prototype presque conforme à ce que nous avions imaginé. En manque de temps pour les derniers réglages, nous ne pouvons pas diffuser les odeurs? Qu’à cela ne tienne, je distribue des « mouillettes » imbibées de parfum à un public qui se prête volontiers à l’exercice… sourire et bagout feront le reste. Cette dernière partie est toujours ma favorite, celle où il m’est possible d’échanger avec les visiteurs, celle où le discours pallie les inévitables défaillances techniques, celle enfin où (presque) toute l’équipe se regroupe dans la satisfaction d’avoir produit quelque chose ensemble. Les inconnus sont devenus des nouveaux contacts, et les savoirs, infusés au creuset de la  création collective, en sont ressortis renforcés.

Les journées sont longues dans un marathon créatif comme Museomix, lorsqu’on travaille au service d’un projet commun, élaboré de toutes pièces en moins de 72 heures. Elles ne sont pas non plus, la fatigue aidant, exemptes de tensions. Et pourtant, qu’ils m’ont paru courts, ces trois jours!

Sous le ciel de la Côte d’Azur, savourant mon déjeuner lovée dans un transat, au cœur d’un jardin peuplé d’essences introuvables sous d’autres climats, partageant ces instants fugaces avec d’autres passionnés animés par les mêmes envies, au service des musées et des établissements culturels en France et à l’étranger, j’ai senti avec force pourquoi j’ai raison de faire ce que je fais. J’ai éprouvé de la fierté pour ce que nous avions accompli ; mais aussi, et surtout, un immense plaisir à l’idée de tout ce qu’il reste à faire.

Le bonheur

Un immense merci et un bravo encore plus grand à la communauté Museomix partout dans le monde, et surtout, bien sûr, aux membres de Museomix Azur pour l’organisation au top. Merci au Musée International de la Parfumerie de Grasse qui a accepté d’ouvrir ses portes et ses ressources aux museomixeurs, du 11 au 13 novembre 2016. Merci à l’équipe (passionnée et passionnante) du musée, et à tous ceux qui ont collaboré pour faire de cet évènement une belle réussite ; enfin, un remerciement tout spécial pour les parfumeuses qui ont partagé ces trois jours avec nous et qui m’ont permis d’entrevoir toute la richesse de leur univers.

Je n’oublierai pas ces rencontres.

Merci

[Pour en apprendre plus sur l’aventure Museomix, rendez-vous ici.]

Le Retour du Rat.

Voilà bien longtemps que je n’avais plus mis les pattes ici!

Beaucoup de travail, des projets personnels dont certains ont abouti, d’autres pas (encore)… un manque de temps certain, mais aussi une baisse de créativité et d’énergie en général… voilà certains des facteurs qui m’ont tenu éloignée du blog ces derniers temps.

Loin de moi, pourtant, l’idée de me justifier ; cet espace – mon espace -, évolue au gré de mes visites culturelles, mais aussi de mes envies. Parfois, j’ai besoin de ce retour sur expérience, qui prolonge et enrichit ma visite, dans un esprit de partage. Parfois, je n’éprouve pas le besoin de me jeter sur mon clavier après une visite, préférant savourer les instants passés au cœur d’un lieu d’exception ou au contact d’un artiste que j’admire.

C’est ainsi, et pour l’heure, cela me convient parfaitement.

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Creativity loading…

Merci à mes lecteurs de m’avoir attendue patiemment… je reviens très prochainement! Au programme : mon expérience Museomix 2016 au Musée International de la Parfumerie de Grasse, ma visite de la fondation Miró à Palma de Majorque et mes toutes prochaines découvertes parisiennes!

À la pointe de la mode!

Le Rat de Musée n’est pas une bête de mode, loin de là… disons que je m’habille toujours de la manière la plus pratique possible, à l’exception des occasions spéciales durant lesquelles, juchée sur mes talons, je m’efforce de garder l’équilibre! 🙂

Pour autant, l’histoire du costume m’a toujours fascinée ; et cela faisait plusieurs années déjà que j’attendais de découvrir le musée dédié aux pièces les plus surprenantes et les plus intéressantes des collections françaises : le palais Galliera. Située dans le 16ème arrondissement de Paris, cette bâtisse de style néo-Renaissance, tout en colonnes et sculptures, dévoile sa façade au milieu d’un square joliment fleuri, à deux pas du palais de Tokyo.

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Ce musée a été construit à la fin du 19ème siècle à la demande de la duchesse Galliera, qui souhaitait faire don à l’État français de sa riche collection d’art. Suite à une erreur de rédaction dans les papiers de donation, le palais fut légué à la ville de Paris, ce qui contraria fortement la riche duchesse… qui préféra alors confier sa collection au Palazzo Rosso de Gênes.  Néanmoins, et malgré le décès de la donatrice en 1888, le bâtiment fut achevé en 1894 ; d’abord musée de l’Art Industriel, puis salle d’exposition et de ventes, ce n’est qu’en 1977 que le lieu devint musée de la Mode et du Costume de la Ville de Paris. Ses collections (plus de 243 000 costumes et accessoires!) ne peuvent être présentées que ponctuellement, en raison de la fragilité des pièces. Ce n’est donc qu’à l’occasion des expositions temporaires régulièrement organisées que les costumes ont à nouveau l’opportunité de briller sous les projecteurs (briller étant tout à fait relatif, car l’éclairage très tamisé est étudié pour occasionner aussi peu de dommages que possible). En ce moment, et jusqu’au mois d’octobre, c’est à l’étude de l’Anatomie d’une collection que nous convie le musée…

L’exposition est brillamment conçue comme un voyage entre les époques, entre pièces fabuleuses portées par les plus grandes actrices et simples costumes de serviteur ou même de forçat!

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Le contraste entre atours somptueux et guenilles aux émouvantes reprises fonctionne à merveille, et on se surprend à s’attarder sur un tablier de bonne plutôt que sur un bonnet de vison, le premier titillant beaucoup plus l’imagination que le second : quelle jeune fille a serré autour de sa taille fine les cordons de ce tablier, un peu défraîchi maintenant, et pour aller servir quels maîtres? Les cartels, sans être exemplaires, apportent quelques informations utiles, notamment en ce qui concerne les vêtements historiques : petite chemise blanche brodée d’une minuscule couronne rouge pour le Dauphin, futur prisonnier du Temple, gilet de Napoléon ou extraordinaire manchon en plumes de la princesse Mathilde. Les quelques paires de chaussures disséminées au fil de l’exposition surprennent particulièrement par leur taille minuscule et leur étroitesse : des pieds d’enfant y rentreraient à peine aujourd’hui!

Les costumes des actrices et artistes de la Belle Époque m’ont également beaucoup plu : chaque pièce correspondait à merveille à la femme célèbre qui l’arborait, de Sarah Bernhardt à Mistinguett. Une autre salle (et quelques décennies) plus tard, en vraie fan d’Audrey Hepburn, c’est avec émotion que j’ai découvert les tenues spécialement créées pour elle par Givenchy.

Les noms illustres défilent et d’étonnantes créations se révèlent au détour d’une salle : ici une robe de cheveux griffée Maison Margiela, une robe « seins-obus » de chez Jean-Paul Gaultier, et bien sûr l’iconique « chapeau-chaussure » créé par Schiaparelli et Dali pour Gala, épouse et muse de ce dernier.

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Malheureusement (mais pour d’évidentes raisons de conservation), les photos sont interdites dans les quelques salles de présentation des collections ; je n’ai donc eu d’autre choix que d’illustrer cet article avec des clichés extraits du site Internet de la structure, mais aussi du livret « Anatomie d’une collection »… dans lequel j’ai tellement apprécié de retrouver le (très beau) texte d’ouverture de l’exposition que je vous en copie ici quelques extraits :

« Quand les engouements s’éteignent, quand les couturiers ne sont plus que le nom des griffes et des étiquettes qu’ils ont cousues, les écorces nées de leurs rêves demeurent. […] Au musée, les costumes, les vestiaires, les garde-robes ne s’accrochent plus aux portemanteaux de ceux qui les ont possédés. Pourtant, ils conservent la trace indestructible de leur souvenir. L’émotion d’un corps disparu, évanoui, persiste dans le creux des corsages coquillages. Le souffle d’un geste, la mémoire d’un mouvement sont des sédiments plus apparents qu’il n’y paraît. […] Intimes, sauvages, singulières, sans pagination ni mots, ces encyclopédies de l’être, aux feuilles de Nylon ou de soie, envahissent les rayons des réserves. Comme les livres sur la tranche, les vêtements rangés de profil font des placards et des dressings les bibliothèques romanesques dont les musées de mode sont les reliures en tissu. » (Olivier Saillard)

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Et vous, avez-vous déjà visité le palais de la Mode?

Quels créateurs vous inspirent?

Et pensez-vous, vous aussi, qu’un vêtement garde toujours l’empreinte de son propriétaire?

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« Force et intimité » : ma rencontre avec Paula Modersohn-Becker.

Les vacances sont déjà terminées pour moi… à peine de retour des Baléares (quelques articles sont en préparation sur mes découvertes muséales et patrimoniales à Majorque), j’ai fait un saut à Paris pour y découvrir les dernières exposition du Musée d’Art moderne : Albert Marquet et Paula Modersohn-Becker.

J’ai apprécié, sans plus, la rétrospective « Marquet, peintre du temps suspendu », qui met surtout l’accent sur les paysages déclinés par l’artiste au gré de ses voyages, tout en rappelant ses liens avec ses contemporains, notamment Matisse.

SAMSUNG CAMERA PICTURESEn Marquet, plus que le coloriste, c’est le dessinateur que j’admire ; la partie dédiée à ses croquis et à ses caricatures est d’ailleurs celle que j’ai préféré dans l’exposition.

Y consacrer un article entier ne me paraissait cependant pas pertinent, notamment parce que je voulais m’attarder davantage sur la rétrospective Paula Modersohn-Becker, une découverte et un immense coup de cœur, dont je voulais vous parler aujourd’hui.

C’est l’enthousiaste compte-rendu de visite d’une artiste avec qui je travaille en ce moment (elle se reconnaîtra certainement si elle passe par ici) qui m’a donné envie d’aller découvrir l’univers de cette peintre allemande née en 1876 et décédée en 1907, à l’âge de 31 ans, quelques jours seulement après la naissance de sa première fille. Une vie brève, mais marquée au sceau d’une immense sensibilité ; si, comme l’écrivait Paula, « l’intimité est l’âme du grand art », alors les tableaux réunis au Musée d’Art moderne jusqu’au 21 août témoignent du parcours d’une grande, très grande artiste.

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Première rétrospective française pour la première femme à s’être représentée nue, et à qui sera dédié le premier musée du monde entièrement consacré à une femme (ouvert à Brême, en 1927)… et, pour moi, première rencontre avec une artiste dont on ne m’avait jamais parlé pendant mes cinq années d’histoire de l’art ; cette exposition des premières fois, extrêmement bien documentée, adopte l’approche chronologique pour aborder le parcours de Paula Modersohn-Becker. Issue d’un milieu plutôt bourgeois, la jeune fille fait très vite le choix de la peinture, à Berlin puis à Worpswede, un village d’artistes où elle séjourne avec son amie sculptrice Clara Westhoff, et où toutes deux vont rencontrer le poète Rainer Maria Rilke. Ce dernier épousera Clara, mais ne cessera jamais d’éprouver des sentiments pour Paula. Un an tout juste après la mort de la jeune femme, décédée d’une embolie foudroyante une semaine après son accouchement, il lui consacrera une longue élégie, le « Requiem pour une amie ».

Paula épouse en 1901 le peintre Otto Modersohn, veuf depuis peu. Mais cette union ne la satisfait pas pleinement ; elle aspire à être libre, à créer sans entraves, et le quittera d’ailleurs, avant de le laisser revenir, un an avant sa mort. Paris, la ville des bohèmes et des artistes, l’attire irrésistiblement. Elle y séjournera quatre fois, et y rencontrera d’autres influences, Cézanne, les primitifs, Gauguin, qui la pousseront à s’échapper du réalisme au profit de la révélation de l’essence même des choses.

L’artiste représente souvent des natures mortes, des enfants à l’air grave, des maternités ; ces sujets en apparence classiques sont traités avec une liberté et une simplicité qui frappe le spectateur. Les codes sont nombreux dans ses tableaux, des oranges symboles de fertilité, aux fleurs qui s’épanouissent en arrière-plan, sans oublier la position des mains de ses modèles.

SAMSUNG CAMERA PICTURESDans son très bel ouvrage consacré à l’artiste, l’écrivaine Marie Darrieussecq (à qui on doit en partie l’exposition du MAM), décrit ainsi son travail : « Le soleil est toujours voilé sur ces tableaux. A cet endroit du monde, dehors, dans les bois et les champs, c’est la présence cotonneuse, assourdie mais puissante, de jeunes humaines debout sur la terre. Non pas à quoi rêvent les jeunes filles, mais ce qu’elles pensent. […] Cette pose un peu hiératique, sérieuse, le regard ailleurs, sera désormais la manière de Paula : une jeune fille grave porte un objet comme une offrande. Ni triomphe, ni malaise, ni érotisme délibéré. Ce ne sont pas des mondes d’angoisse ou de secret, mais des mondes de pensée. »

Marie Darrieussecq, « Être ici est une splendeur – Vie de Paula M. Becker », éditions POL, 2016.

J’ai adoré ce livre qui retrace avec beaucoup de sensibilité la courte existence de la jeune artiste, et je vous le recommande chaudement!

Paula se représente souvent elle-même, dans des autoportraits sans concession ; elle se peint nue à plusieurs reprises, et même, à 30 ans, le ventre gonflé comme une future mère… sauf qu’elle ne tombera véritablement enceinte que plusieurs mois plus tard!

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Le collier d’ambre qu’elle porte sur cette peinture était exposé dans une vitrine, avec de nombreuses photographies et documents plus ou moins intimes, et la présence de cet objet très personnel m’a beaucoup émue.

L’exposition dans son ensemble, bien pensée, très pertinente et suffisamment aérée, a emballé mon petit cœur de Rat! Mention spéciale au film final, qui résume le propos de l’exposition en l’illustrant d’images d’archives et « redonne sa voix » à Paula, par le biais d’une narratrice qui lit sa correspondance à la première personne ; de ces clichés en noir et blanc, de ces quelques mots tantôt ironiques, tantôt lyriques, on retiendra l’image d’une artiste plutôt que d’une épouse, d’une femme qui rêvait d’être mère mais qui mourut de le devenir, décédée prématurément mais déjà parvenue, peut-être, à sa maturité artistique.

 

Je referme cet article sur une autre citation de Marie Darrieussecq, qui pour moi résume à merveille l’être au monde de Paula Modersohn-Becker, cette artiste qui vient de prendre sa place dans mon petit Panthéon personnel : « Les femmes n’ont pas de nom. Elles ont un prénom. Leur nom est un prêt transitoire, un signe instable, leur éphémère. Elles trouvent d’autres repères. Leur affirmation au monde, leur ‘être là’, leur création, leur signature, en sont déterminés. Elles s’inventent dans un monde d’hommes, par effraction ».

N.B : toutes les photos illustrant cet article, à l’exception de celle du livre de Marie Darrieussecq, ont été prises à partir des cartes postales achetées lors de ma visite, les dispositifs de prise de vue étant interdits dans les deux expositions.

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Retour vers le passé!

Il paraît que l’on découvre toujours en dernier les ressources les plus proches de chez soi… je vous emmène donc dans l’Aisne pour ce nouvel article consacré à une structure atypique, le Village des métiers d’antan et Musée Motobécane, à Saint-Quentin! J’y ai récemment effectué ma deuxième visite, à l’occasion d’une réunion organisée sur place, et j’y ai redécouvert avec grand plaisir les collections présentées thématiquement, sous la forme d’une reconstitution de village.

Cette forme assez typique de l’écomusée se retrouve dans de nombreuses structures en France, comme à Dijon au Musée de la Vie Bourguignonne, ou en Alsace à l’écomusée d’Ungersheim (retrouvez mon article juste ici), mais aussi à l’étranger : je pense notamment à Morwellham Quay, dans le Devon, et au Highland Folk Museum en Écosse.

Ce qui séduit dans ce « Village » axonais, c’est avant tout l’implication des bénévoles, dynamisés par l’énergie du fondateur du lieu, Roland Lamy. Ce passionné a commencé par créer, en 1998, l’association « Loisirs et Traditions de France », dont le but premier est la sauvegarde du patrimoine des vieux métiers : cette préservation des savoir-faire anciens passe avant tout par la collecte de matériel autour duquel les bénévoles ont progressivement développé des animations : barattage, présentation d’objets, promenades en calèche… L’association auto-financée, qui accumulait les objets depuis des années sans lieu pour les présenter, a bénéficié en 2008 du soutien de la ville de Saint-Quentin, qui a mis à sa disposition la friche industrielle de l’usine Motobécane ; délocalisée à Saint-Quentin en 1951 après ses débuts à Pantin, la marque Motobécane devient MBK dans les années 80 et déserte alors ses locaux de la rue de la Fère, laissant ainsi le champ libre pour la création du musée, qui ouvre ses portes en 2012. Aujourd’hui, plus de 70% des objets présentés dans le musée sont des achats de l’association.

L’œil du Rat :

La visite dure une bonne heure, voire plus si l’on s’attarde à contempler chaque commerce : le musée s’étend quand même sur plus de 3000 m2 ! Le parcours s’articule en deux temps, le visiteur pénétrant d’abord dans le « Village » avant de découvrir le musée Motobécane, au même niveau mais un peu à l’écart.

Le Village des Métiers d’Antan est constitué d’une bonne vingtaine d’échoppes réparties le long des « rues », et présentant plus de cinquante corps de métiers et savoir-faire anciens ;  au sol, un linoléum en relief, façon « pavés », contribue au réalisme de la présentation. Les différentes reconstitutions recomposent des atmosphères typiques, peuplées de mannequins, et abritant des objets datant pour la plupart d’entre 1860 et 1960. Le tonnelier, la librairie, l’école, l’imprimerie, la boutique de la modiste, la blanchisserie, l’atelier du sabotier… il y en a pour tous les goûts, et les reproductions sont très minutieuses.

Le village est occasionnellement animé par des bénévoles costumés, qui renseignent et guident les visiteurs. Leur intervention est d’autant plus intéressante qu’il n’y que peu de cartels indiquant la nature des objets présentés, probablement pour préserver l’impression de réalisme et alléger le regard du visiteur, qui agit ainsi plus en curieux déambulant dans les « rues » qu’en touriste avide d’informations précises. Un audioguide est cependant disponible à l’accueil pour qui souhaiterait en appendre plus. Aux murs sont apposés les noms de rues, mais également des plaques plus discrètes mentionnant les entreprises partenaires et éventuellement donatrices.

Au terme du parcours, qui décrit un large « U », le visiteur a la possibilité de s’attabler sur la place centrale, pour prendre un verre au milieu des collections… et pourquoi pas pour tester le petit baby-foot vintage!

Si le « Village » accueille un public familial, la partie réservée au musée Motobécane, qui rassemble une centaine de modèles, fera plutôt le bonheur des passionnés, qui sauront faire la différence entre la « Chaudron » et le « Magnum » (ce dont je reste incapable, honte à moi). L’architecture de l’ancienne usine est parfaitement mise en valeur dans cette section, et les véhicules motorisés présentés dans l’écrin de leur contexte d’origine n’en sont que plus intéressants (vous l’aurez peut-être compris, le Rat de Musée est fan des friches industrielles… je vous en parlerai plus longuement un jour, promis! 😉 ).

 

Le + du Rat :

A l’occasion de la réunion à laquelle j’ai participé récemment au Village des Métiers d’Antan, j’ai appris l’existence d’une autre association, « L’Outil en Main », qui travaille elle aussi sur la transmission des savoir-faire, et propose de nombreuses initiations à des corps de métier plus ou moins en voie de disparition, par des professionnels, et avec de vrais outils, pour les enfants entre 9 et 14 ans. J’ai trouvé le concept génial! Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site, juste ici.

 

 

 

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