Mise au parfum à Museomix Grasse!

Au mois de novembre 2015, je vous décrivais sur le blog ma découverte de la formidable communauté Museomix et ma participation à l’édition de Roubaix (juste ici).

Cette année, lorsque la liste des quinze lieux accueillant Museomix (entre Québec, Italie, Belgique, France et Suisse), a été rendue publique, le choix n’a pas été facile pour le Rat : tiraillée entre l’agréable perspective de retrouver la plupart des museomixeurs du Nord à Douai, et celle de faire enfin connaissance « en vrai » avec certaines personnes très inspirantes croisées sur les réseaux sociaux (qui avaient quant à elles opté pour Reims et son beau Palais du Tau), j’ai finalement choisi le grand Sud et son ciel azuré. A quelques kilomètres de cette Méditerranée qui m’est si chère, niché au cœur de l’odorante ville de Grasse, où s’épanouissent huit mois sur douze orangers et bosquets de roses, le Musée International de la Parfumerie me tendait les bras… et j’ai sauté avec bonheur sur l’occasion de découvrir à la fois une structure culturelle d’exception, une région idyllique, et des savoir-faire uniques.

La ville de Grasse

Ma participation a été acceptée au mois de juillet (la sélection, comme l’année précédente, se faisant sur profil et degré de motivation) ; mais il a fallu attendre novembre pour enfin boucler ma valise, direction le Sud.

L’aventure Museomix commence pour moi par le dépaysement ; dans le train qui traverse à grande vitesse des paysages de plus en plus vallonnés, sous un soleil de plus en plus présent, l’accent chantant de ma voisine de travée convoque des souvenirs de vacances en famille, d’odeurs de maquis et de reflets scintillants sur l’eau de la mer. À la gare d’Aix-en-Provence, je retrouve mes parents, qui m’ont fait le merveilleux cadeau de partager ces quelques jours avec moi. Nous nous voyons peu, surtout depuis mon installation en Picardie, et mon envie de museomixer le MIP de Grasse nous a paru une occasion idéale pour des retrouvailles. Le Rat Prof ayant d’autres projets, c’est donc tous les trois que nous allons découvrir la Côte d’Azur. Arrivée le mercredi soir, je profite de la journée du jeudi pour visiter la chapelle de Vence (une petite déception, mais j’y reviendrai peut-être dans un article dédié), et flâner dans les ruelles de Grasse.

Le vendredi matin, les choses sérieuses peuvent commencer : rendez-vous à 9h au Musée International de la Parfumerie pour la remise des badges, joliment découpés en forme de flacons de parfum, et attachés à des cordons dont la couleur varie en fonction de la mission de son porteur. J’hérite d’un lien noir, celui des médiateurs, chargés de faciliter les interactions entre l’usager, le musée, et le prototype créé en trois jours par les futures équipes.

Après une rapide visite des lieux (c’est grand, c’est beau, ça sent bon), rendez-vous en salle de conférence pour la première plénière. Autour des thèmes retenus (la chimie, le métier de parfumeur, l’emballage, le parfum à travers les âges ou encore l’orientation dans le musée), la réflexion collective s’engage, chacun livrant son ressenti sur le sujet via des Post-it collés à même le mur. Puis vient le moment fatidique du choix : je dépose mon badge dans le sac correspondant au métier de parfumeur, et croise les doigts bien fort pour être tirée au sort en premier! Je rejoins mes futurs collègues (maker, développeur, communicante, spécialiste contenus, graphiste et facilitatrice) pour faire connaissance et commencer le brainstorming.

La première journée s’écoule relativement vite et dans la bonne humeur : je suis aux anges de retrouver l’esprit Museomix, ce mélange d’humour potache, de travail assidu, de curiosité insatiable et de désir d’aller vers l’autre, gages d’échanges fluides et passionnants. Cerise sur le gâteau, les locaux de travail sont aérés, plutôt lumineux et compartimentés en espaces bien définis ; le Fab Lab et le Brico Lab, où nous irons nous approvisionner et chercher conseil pour construire notre prototype, mettent à notre disposition beaucoup de matériel de qualité (autant que je puisse en juger! 😉 ) ; quant à la partie catering (restauration), elle est gérée de main de maître, avec des plateaux spéciaux pour les intolérants, et des alternatives sympa pour les autres (nous sommes trois végétariennes dans l’équipe, et il y en a beaucoup parmi les autres participants… c’est donc très appréciable!).

Le pianodeursLe samedi, nous affinons notre projet : nous avons choisi de construire un « Pianodeurs », un dispositif proposant une expérience olfactive immersive ; en d’autres termes, une porte d’entrée dans l’univers fascinant du créateur de parfums, qui assemble les notes pour composer des accords plus ou moins complexes, exactement comme le ferait un compositeur inspiré. Outre la réalisation du prototype, nous effectuons un certain nombre de recherches sur les parfumeurs célèbres et leurs réalisations les plus connues, dans l’optique de proposer un contenu documentaire derrière chaque accord, en fonction des notes dominantes. Le Rat de Musée se délecte des échanges avec les parfumeuses installées dans une pièce réservée, et qui partagent leur savoir avec simplicité et passion : notes de tête, de cœur, de fond… familles hespéridées, florales, boisées ou chyprées… réminiscences olfactives, grain de peau et chaleur corporelle… C’est un nouveau monde qui s’ouvre à moi, et je m’y laisse emporter, toutes narines frémissantes.

Quant au musée, quelle richesse! Il n’est certes pas facile de s’y orienter car il est composé de plusieurs blocs que desservent des ascenseurs différents ; mais, au détour d’une salle décorée d’une fresque héritée de la Révolution, quel plaisir de découvrir le coffret de toilette de Marie-Antoinette et ses accessoires si délicats, ou, plus loin, de flâner nez au vent dans la serre spécialement aménagée au beau milieu de l’établissement, avant de plonger au sous-sol pour s’émerveiller devant l’orgue du maître parfumeur Jean Carles! Et que dire du privilège unique d’arpenter en solitaire les longues coursives désertées après la fermeture au public, et de se croire pour quelques instants seul maître à bord…

Le dimanche, dernière ligne droite avant la présentation au public ; les détails techniques nous préoccupent, nous avons peut-être visé trop haut… mais, en se serrant les coudes et en rusant un peu, nous parvenons à proposer un prototype presque conforme à ce que nous avions imaginé. En manque de temps pour les derniers réglages, nous ne pouvons pas diffuser les odeurs? Qu’à cela ne tienne, je distribue des « mouillettes » imbibées de parfum à un public qui se prête volontiers à l’exercice… sourire et bagout feront le reste. Cette dernière partie est toujours ma favorite, celle où il m’est possible d’échanger avec les visiteurs, celle où le discours pallie les inévitables défaillances techniques, celle enfin où (presque) toute l’équipe se regroupe dans la satisfaction d’avoir produit quelque chose ensemble. Les inconnus sont devenus des nouveaux contacts, et les savoirs, infusés au creuset de la  création collective, en sont ressortis renforcés.

Les journées sont longues dans un marathon créatif comme Museomix, lorsqu’on travaille au service d’un projet commun, élaboré de toutes pièces en moins de 72 heures. Elles ne sont pas non plus, la fatigue aidant, exemptes de tensions. Et pourtant, qu’ils m’ont paru courts, ces trois jours!

Sous le ciel de la Côte d’Azur, savourant mon déjeuner lovée dans un transat, au cœur d’un jardin peuplé d’essences introuvables sous d’autres climats, partageant ces instants fugaces avec d’autres passionnés animés par les mêmes envies, au service des musées et des établissements culturels en France et à l’étranger, j’ai senti avec force pourquoi j’ai raison de faire ce que je fais. J’ai éprouvé de la fierté pour ce que nous avions accompli ; mais aussi, et surtout, un immense plaisir à l’idée de tout ce qu’il reste à faire.

Le bonheur

Un immense merci et un bravo encore plus grand à la communauté Museomix partout dans le monde, et surtout, bien sûr, aux membres de Museomix Azur pour l’organisation au top. Merci au Musée International de la Parfumerie de Grasse qui a accepté d’ouvrir ses portes et ses ressources aux museomixeurs, du 11 au 13 novembre 2016. Merci à l’équipe (passionnée et passionnante) du musée, et à tous ceux qui ont collaboré pour faire de cet évènement une belle réussite ; enfin, un remerciement tout spécial pour les parfumeuses qui ont partagé ces trois jours avec nous et qui m’ont permis d’entrevoir toute la richesse de leur univers.

Je n’oublierai pas ces rencontres.

Merci

[Pour en apprendre plus sur l’aventure Museomix, rendez-vous ici.]

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s