Marathon parisien – épisode 3!

Suite et fin de notre escapade parisienne, avec la découverte de la merveilleuse exposition « Icônes de l’art moderne » à la Fondation Louis Vuitton! Je m’y prends un peu tard, je le sais bien, pour ce compte-rendu ; malgré une prolongation de deux semaines par rapport au planning initial, la présentation de la collection Chtchoukine s’achèvera… demain, le 5 mars! Le bilan est impressionnant : depuis son ouverture au public le 22 octobre, cette exposition unique a déjà été vue par plus d’un million de visiteurs, dont certains, surtout cette dernière semaine, n’ont pas hésité à prendre d’assaut la Fondation dès sept heures du matin (il paraît même que le petit déjeuner était offert aux courageux…). Il était donc grand temps que je vous raconte notre expérience!

Après notre visite à Hergé au Grand Palais (à lire juste ici), et un déjeuner sur le pouce, nous longeons les grilles du Jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne, à la recherche de la Fondation. Soudain, tranchant sur les différentes nuances de vert et de marron des grilles ou des arbres qui nous entourent, un berlingot aux multiples facettes colorées se dresse à l’horizon. Rhabillée par Daniel Buren, l’architecture de Frank Gehry évoque un bouton de rose lentement effeuillé à mesure qu’il s’élève vers le ciel, ou une chrysalide qui se fendille sous l’impulsion de son occupant…

Si L’Observatoire de la Lumière, installation in situ de Daniel Buren composée de filtres colorés (qui se superposeront aux verrières jusqu’au mois d’avril), a pu déplaire aux puristes, je trouve pour ma part que l’intervention de l’artiste a sublimé le bâtiment ; les longues files de visiteurs qui serpentent au pied de la Fondation se mirent dans ses reflets changeants… oublieux, pour quelques instants au moins, de la longue attente que tous doivent subir, malgré les horaires mentionnés sur les billets achetés en ligne.

Après la queue, et une fois les sacs déposés au vestiaire, l’exploration peut commencer! Bien que la Fondation ait acquis un certain nombre d’œuvres présentées à tour de rôle ou installées à divers endroits stratégiques (on pense notamment aux commandes passées à Olafur Eliasson, Elsworth Kelly ou encore Adrian Villar Rojas, dont l’installation massive prend le frais sur la terrasse, mutant lentement au fil des aléas climatiques), ce sont bien les expositions temporaires qui font sa singularité et son succès… ou pas, puisque la Collection Chtchoukine est en fait la première à réellement faire le buzz.

À l’intérieur de l’exposition, le parcours est relativement sobre : pas de couleurs trop vives et des cartels discrets, le but étant bien de présenter les œuvres le plus justement possible… et celles-ci se suffisent largement à elles-mêmes, ô combien. Outre la chronologie du fil conducteur, les commissaires ont choisi de s’intéresser à la figure du collectionneur et mécène russe Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, détaillant son parcours, ses relations, mais aussi et surtout ses interrogations esthétiques et artistiques. On le découvre ainsi en amateur d’art déjà éclairé, mais conscient de ne pas posséder toutes les clés nécessaires à l’interprétation des œuvres audacieuses produites par les peintres les plus avant-gardistes du temps, Picasso en tête, dont les toiles lui donnaient l’impression de « mâcher du verre pilé ».

La vidéo diffusée sur le grand mur incurvé de la salle de projection nous a laissés plus que perplexes, le Rat Prof et moi… est-ce le choix des acteurs ou celui de la mise en scène, ou bien les intermèdes dansés? Toujours est-il que nous n’avons pas adhéré au message…

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En ce qui concerne les cent trente tableaux présentés… que dire devant tant de chefs-d’œuvres, et surtout devant l’incroyable talent des maîtres rassemblés? De la beauté calme et solaire d’un jardin épanoui sous les touches délicates de Monet, à l’écho fantastique des couleurs de Matisse, en passant par les volumes aigus des nus de Picasso, le dépaysement est total, et le régal complet! Un petit bémol tout personnel, avec la conclusion de l’exposition, en accord avec la chronologie, mais moins avec mes affinités : les suprématismes et les avant-gardes russes (cela reste, encore une fois, marqué au sceau de ma propre subjectivité.). 20161212_160015Dans cette section en particulier, je dois avouer que j’ai été frappée par la complexité des cartels… dans l’ensemble de l’exposition d’ailleurs, la médiation est quasiment absente, et très discriminante lorsqu’on la découvre, puisqu’elle s’adresse de toute évidence à un public averti. On ne peut que déplorer cet état de fait auquel il aurait pourtant été très facile de remédier. Les visites guidées et l’application existent, certes, mais sont loin de suffire face aux singularités des différents publics potentiels (je pense aux enfants, à tout hasard.)… Dommage!

Je vous laisse sur un petit diaporama qui ne saurait, bien sûr, rendre toute la beauté de cette présentation unique, mais vous donnera peut-être une idée de l’expérience esthétique unique dans laquelle je me suis immergée avec bonheur.

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Et vous? Avez-vous eu la chance d’admirer cette exposition? Qu’en avez-vous pensé?

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Mise au parfum à Museomix Grasse!

Au mois de novembre 2015, je vous décrivais sur le blog ma découverte de la formidable communauté Museomix et ma participation à l’édition de Roubaix (juste ici).

Cette année, lorsque la liste des quinze lieux accueillant Museomix (entre Québec, Italie, Belgique, France et Suisse), a été rendue publique, le choix n’a pas été facile pour le Rat : tiraillée entre l’agréable perspective de retrouver la plupart des museomixeurs du Nord à Douai, et celle de faire enfin connaissance « en vrai » avec certaines personnes très inspirantes croisées sur les réseaux sociaux (qui avaient quant à elles opté pour Reims et son beau Palais du Tau), j’ai finalement choisi le grand Sud et son ciel azuré. A quelques kilomètres de cette Méditerranée qui m’est si chère, niché au cœur de l’odorante ville de Grasse, où s’épanouissent huit mois sur douze orangers et bosquets de roses, le Musée International de la Parfumerie me tendait les bras… et j’ai sauté avec bonheur sur l’occasion de découvrir à la fois une structure culturelle d’exception, une région idyllique, et des savoir-faire uniques.

La ville de Grasse

Ma participation a été acceptée au mois de juillet (la sélection, comme l’année précédente, se faisant sur profil et degré de motivation) ; mais il a fallu attendre novembre pour enfin boucler ma valise, direction le Sud.

L’aventure Museomix commence pour moi par le dépaysement ; dans le train qui traverse à grande vitesse des paysages de plus en plus vallonnés, sous un soleil de plus en plus présent, l’accent chantant de ma voisine de travée convoque des souvenirs de vacances en famille, d’odeurs de maquis et de reflets scintillants sur l’eau de la mer. À la gare d’Aix-en-Provence, je retrouve mes parents, qui m’ont fait le merveilleux cadeau de partager ces quelques jours avec moi. Nous nous voyons peu, surtout depuis mon installation en Picardie, et mon envie de museomixer le MIP de Grasse nous a paru une occasion idéale pour des retrouvailles. Le Rat Prof ayant d’autres projets, c’est donc tous les trois que nous allons découvrir la Côte d’Azur. Arrivée le mercredi soir, je profite de la journée du jeudi pour visiter la chapelle de Vence (une petite déception, mais j’y reviendrai peut-être dans un article dédié), et flâner dans les ruelles de Grasse.

Le vendredi matin, les choses sérieuses peuvent commencer : rendez-vous à 9h au Musée International de la Parfumerie pour la remise des badges, joliment découpés en forme de flacons de parfum, et attachés à des cordons dont la couleur varie en fonction de la mission de son porteur. J’hérite d’un lien noir, celui des médiateurs, chargés de faciliter les interactions entre l’usager, le musée, et le prototype créé en trois jours par les futures équipes.

Après une rapide visite des lieux (c’est grand, c’est beau, ça sent bon), rendez-vous en salle de conférence pour la première plénière. Autour des thèmes retenus (la chimie, le métier de parfumeur, l’emballage, le parfum à travers les âges ou encore l’orientation dans le musée), la réflexion collective s’engage, chacun livrant son ressenti sur le sujet via des Post-it collés à même le mur. Puis vient le moment fatidique du choix : je dépose mon badge dans le sac correspondant au métier de parfumeur, et croise les doigts bien fort pour être tirée au sort en premier! Je rejoins mes futurs collègues (maker, développeur, communicante, spécialiste contenus, graphiste et facilitatrice) pour faire connaissance et commencer le brainstorming.

La première journée s’écoule relativement vite et dans la bonne humeur : je suis aux anges de retrouver l’esprit Museomix, ce mélange d’humour potache, de travail assidu, de curiosité insatiable et de désir d’aller vers l’autre, gages d’échanges fluides et passionnants. Cerise sur le gâteau, les locaux de travail sont aérés, plutôt lumineux et compartimentés en espaces bien définis ; le Fab Lab et le Brico Lab, où nous irons nous approvisionner et chercher conseil pour construire notre prototype, mettent à notre disposition beaucoup de matériel de qualité (autant que je puisse en juger! 😉 ) ; quant à la partie catering (restauration), elle est gérée de main de maître, avec des plateaux spéciaux pour les intolérants, et des alternatives sympa pour les autres (nous sommes trois végétariennes dans l’équipe, et il y en a beaucoup parmi les autres participants… c’est donc très appréciable!).

Le pianodeursLe samedi, nous affinons notre projet : nous avons choisi de construire un « Pianodeurs », un dispositif proposant une expérience olfactive immersive ; en d’autres termes, une porte d’entrée dans l’univers fascinant du créateur de parfums, qui assemble les notes pour composer des accords plus ou moins complexes, exactement comme le ferait un compositeur inspiré. Outre la réalisation du prototype, nous effectuons un certain nombre de recherches sur les parfumeurs célèbres et leurs réalisations les plus connues, dans l’optique de proposer un contenu documentaire derrière chaque accord, en fonction des notes dominantes. Le Rat de Musée se délecte des échanges avec les parfumeuses installées dans une pièce réservée, et qui partagent leur savoir avec simplicité et passion : notes de tête, de cœur, de fond… familles hespéridées, florales, boisées ou chyprées… réminiscences olfactives, grain de peau et chaleur corporelle… C’est un nouveau monde qui s’ouvre à moi, et je m’y laisse emporter, toutes narines frémissantes.

Quant au musée, quelle richesse! Il n’est certes pas facile de s’y orienter car il est composé de plusieurs blocs que desservent des ascenseurs différents ; mais, au détour d’une salle décorée d’une fresque héritée de la Révolution, quel plaisir de découvrir le coffret de toilette de Marie-Antoinette et ses accessoires si délicats, ou, plus loin, de flâner nez au vent dans la serre spécialement aménagée au beau milieu de l’établissement, avant de plonger au sous-sol pour s’émerveiller devant l’orgue du maître parfumeur Jean Carles! Et que dire du privilège unique d’arpenter en solitaire les longues coursives désertées après la fermeture au public, et de se croire pour quelques instants seul maître à bord…

Le dimanche, dernière ligne droite avant la présentation au public ; les détails techniques nous préoccupent, nous avons peut-être visé trop haut… mais, en se serrant les coudes et en rusant un peu, nous parvenons à proposer un prototype presque conforme à ce que nous avions imaginé. En manque de temps pour les derniers réglages, nous ne pouvons pas diffuser les odeurs? Qu’à cela ne tienne, je distribue des « mouillettes » imbibées de parfum à un public qui se prête volontiers à l’exercice… sourire et bagout feront le reste. Cette dernière partie est toujours ma favorite, celle où il m’est possible d’échanger avec les visiteurs, celle où le discours pallie les inévitables défaillances techniques, celle enfin où (presque) toute l’équipe se regroupe dans la satisfaction d’avoir produit quelque chose ensemble. Les inconnus sont devenus des nouveaux contacts, et les savoirs, infusés au creuset de la  création collective, en sont ressortis renforcés.

Les journées sont longues dans un marathon créatif comme Museomix, lorsqu’on travaille au service d’un projet commun, élaboré de toutes pièces en moins de 72 heures. Elles ne sont pas non plus, la fatigue aidant, exemptes de tensions. Et pourtant, qu’ils m’ont paru courts, ces trois jours!

Sous le ciel de la Côte d’Azur, savourant mon déjeuner lovée dans un transat, au cœur d’un jardin peuplé d’essences introuvables sous d’autres climats, partageant ces instants fugaces avec d’autres passionnés animés par les mêmes envies, au service des musées et des établissements culturels en France et à l’étranger, j’ai senti avec force pourquoi j’ai raison de faire ce que je fais. J’ai éprouvé de la fierté pour ce que nous avions accompli ; mais aussi, et surtout, un immense plaisir à l’idée de tout ce qu’il reste à faire.

Le bonheur

Un immense merci et un bravo encore plus grand à la communauté Museomix partout dans le monde, et surtout, bien sûr, aux membres de Museomix Azur pour l’organisation au top. Merci au Musée International de la Parfumerie de Grasse qui a accepté d’ouvrir ses portes et ses ressources aux museomixeurs, du 11 au 13 novembre 2016. Merci à l’équipe (passionnée et passionnante) du musée, et à tous ceux qui ont collaboré pour faire de cet évènement une belle réussite ; enfin, un remerciement tout spécial pour les parfumeuses qui ont partagé ces trois jours avec nous et qui m’ont permis d’entrevoir toute la richesse de leur univers.

Je n’oublierai pas ces rencontres.

Merci

[Pour en apprendre plus sur l’aventure Museomix, rendez-vous ici.]

Biennale de Lyon 2015 : ma (petite) rétrospective.

Je vous propose aujourd’hui un article qui sommeillait dans mes cartons depuis novembre… mon passage à la Biennale d’art contemporain de Lyon, dans trois lieux emblématiques de l’événement : le MAC, la Sucrière et la salle 15 du Musée des Confluences. Faute de temps, je n’ai pas pu me rendre au couvent de la Tourette pour admirer les interventions d’Anish Kapoor dans l’univers du Corbusier, ce que je regrette.

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De novembre à janvier, la Biennale de Lyon alterne danse et art contemporain, une année sur deux, avec un thème choisi pour trois éditions successives, et qui consiste en général en un seul mot. Cette année, la Biennale d’art contemporain, dirigée par Thierry Raspail, s’intitulait « La Vie Moderne ». Il faut savoir que chaque édition s’organise autour de 3 « plateformes » : une exposition internationale, une « plateforme des amateurs », et enfin une déclinaison spéciale Rhône-Alpes, qui mobilise les acteurs de la vie culturelle régionale. Parmi le foisonnement de propositions, le Rat Prof et moi avons choisi de nous concentrer sur les trois grandes structures culturelles lyonnaises, quitte à « zapper » le reste des manifestations. Pour ce premier contact, les novices en matière d’art contemporain que nous sommes souhaitions nous concentrer sur l’exposition principale, qui rassemblait quand même 60 artistes de 30 pays différents!

Nous avons commencé par le Musée d’Art Contemporain (le MAC), souvent fréquenté par le Rat lors de ses quatre années d’études sur Lyon. Sur trois étages, l’exposition du MAC nous proposait un voyage dans les définitions de la modernité proposées par les artistes.

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 J’ai particulièrement apprécié la proposition immersive de Lai Chih-Sheng, dans laquelle le spectateur est invité à circuler, sur un étroit rebord, autour d’une scène de chantier chaotique, semée de déchets et de matériaux divers. L’installation d’Emmanuelle Lainé intitulée « Il paraît que le fond de l’être est en train de changer? » était aussi très intéressante, avec son rapport inversé. L’œuvre de He Xiangyu, « Cola-Project Extraction », est également remarquable : résultat d’une année passée à faire bouillir 127 tonnes de Coca-Cola, le résidu exposé a de quoi faire frémir! Ma préférence se porte sur la salle investie par Nina Beier,  qui y présente ses perruques sous verre et, au sol, des graines de cocotier de mer (les fameuses « coco-fesses ») posées sur du terreau. En revanche, j’ai trouvé très choquante la vidéo de David Shrigley, « Start/Finish », qui montre, sous forme de dessin animé en noir et blanc, une voiture croisant des personnages suppliants, qu’elle évite de justesse et abandonne à leurs souffrances sur le bord de la route.

Après le MAC, direction la Sucrière (non sans s’être accordé une pause roborative au Bistro Zakka, dont les spécialités de Banh Baos, brioches vietnamiennes à la vapeur, sont à tomber). SAMSUNG CAMERA PICTURESLa Sucrière est l’un des plus anciens entrepôts du quartier Confluences, usine de sucre dans les années 30, et rénovée pour accueillir, en 2003, la Biennale. J’y avais le souvenir d’une merveilleuse installation de Chiharu Shiota, un labyrinthe de toiles d’araignée réalisées à partir de cordelettes noires délicatement intriquées. Pour l’exposition de « La Vie Moderne », quelques œuvres m’ont particulièrement plu : la batterie frappée, à intervalles régulier, de noyaux de cerise tombés du ciel, par Céleste Boursier-Mougenot, les sculptures d’Andreas Lolis, qui recréait un abri de SDF en utilisant des matériaux précieux, ou la troublante « Emergency Blanket », de Klaus Weber. J’ai beaucoup aimé les objets de Michel Blazy, réinvestis par la nature : une paire de Converse d’où sortent de longues pousses, ou un Mac éventré, jardinière insolite qui abrite des végétaux en pleine croissance.

La salle 15 du Musée des Confluences ne présentait qu’une installation vidéo de Yuan Goang-Ming, « Before Memory », à laquelle je n’ai pas vraiment adhéré… En revanche, le musée en lui-même a fasciné le Rat et fera très prochainement l’objet d’un billet sur le blog!

Pimp My Museum : Museomix, cette belle aventure…

Il est toujours plus difficile de dégriser lorsque l’expérience qu’on a vécue était passionnante et hors du commun… Ceci explique sans doute pourquoi le Rat s’attelle aujourd’hui à son article avec une pointe de regret : quoi, c’est déjà fini, Museomix?!

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72 heures de réflexion, de fous-rires, de tortillas, de pigeons, de nouvelles têtes, de schémas explicatifs, de fatigue, de sourires et de bonbons… Museomix, c’est ça et tellement plus! L’aventure a commencé il y a quelques mois lorsque le Rat est tombé, au hasard des réseaux sociaux, sur un formulaire de candidature. La proposition était simple, et on ne peut plus alléchante : trois jours de travail dans un musée choisi au préalable, des équipes qui au départ ne se connaissent pas mais doivent unir leur matière grise et leur grain de folie pour présenter des prototypes éclairant d’un jour nouveau les collections et l’environnement du musée…un évènement international reconduit pour la cinquième année consécutive, dûment relayé par les réseaux sociaux et fort d’un certain nombre de partenariats prestigieux, comme avec TXRobotic ou Tri-D… soit le nec plus ultra des dernières technologies sur un plateau!

Ma candidature acceptée (j’ai choisi Roubaix, à la fois en raison de sa proximité géographique, mais aussi et surtout parce qu’on va remixer la Manufacture, une ancienne usine textile, et que le sujet m’intéresse particulièrement), et après quelques angoisses logistiques, le grand jour de mon premier Museomix arrive enfin!

Vendredi 6 novembre :  Freaky Friday.

6h20 : Le Rat s’installe, hagard, dans le petit TER qui va l’amener jusqu’à Lille, où l’attendra l’une des organisatrices et son troupeau de Museomixeurs venus de toute la France. Mon légendaire sens de l’orientation me conduit tout naturellement, à peine descendue du train, à contourner entièrement par la gauche la gare de Lille Flandres, alors que le groupe m’attendait à droite en sortant. L’avantage, c’est que tous, m’ayant attendue pendant 20 bonnes minutes, connaissent dès à présent mon nom et mon visage. Après cette piteuse entrée en matière, nous rejoignons en métro puis en bus la Manufacture, que je vois pour la première fois.

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Nous y sommes accueillis à grand renfort de sourires, de café chaud et de goodies qui ravissent en moi l’amatrice de badges rutilants et de tote-bags personnalisés : il y a même des autocollants et un gobelet aux couleurs de l’évènement, je suis aux anges…et prête pour la visite de la Manuf’, d’ailleurs magistralement menée par Pauline, la guide du musée. Au milieu des machines, le groupe prend déjà des notes et mitraille les métiers à tisser Jacquard et autres ourdissoirs…inquiète devant tant de professionnalisme, et surtout de si bonne heure, je me renseigne : mais les trois quart des participants s’apprêtent à vivre, comme moi, leur premier Museomix (ils sont juste plus zélés…ou plus habitués à se lever tôt! 😉 ).

Après les discours d’usage, vient l’heure fatidique du choix des thèmes : plusieurs retiennent mon attention, mais au terme du premier brainstorming, j’opte pour « Tissu, tissage / métier(s) », et je dépose mon badge dans le petit sac prévu à cet effet. L’équipe est tirée au sort, et c’est avec grand plaisir que j’y retrouve deux connaissances rencontrées à la gare, et avec lesquelles je me sentais déjà quelques affinités. Direction la salle de travail pour un premier tour de table, orchestré par notre coach qui nous prodigue quelques conseils d’organisation très bienvenus. Chaque équipe comporte un « spécialiste » d’une discipline : graphisme, contenus, code, construction ou encore médiation ; mais nous convenons rapidement que nous nous relaierons dans certains domaines, afin que l’expérience soit la plus agréable et la plus enrichissante pour tout le monde. La journée se passe à réfléchir à notre futur prototype autour des mots-clés que nous avons choisis. Pendant les deux pauses repas, on lie connaissance (certains viennent vraiment de loin, c’est impressionnant : Marion, dans mon équipe, a quand même enduré plus de 10h de bus depuis Lyon!), et on échange sur nos perspectives professionnelles…le week-end promet d’être riche (entre autres) en belles rencontres! Pour les besoins de la présentation, notre belle équipe exclusivement féminine se baptise Les Chti’sseuses et décide de nommer son projet « Balade en Trame »: à nous, toute honte bue, les jeux de mots faciles qui séduiront les foules dimanche après-midi!

A 18h, une séance plénière nous permet de faire le point sur l’avancée de nos réflexions…ensuite, on se remet au boulot. A 23h, la première journée se termine : tous les Museomixeurs sont pressés d’aller se coucher. Ma coéquipière Sarah et moi allons dormir chez l’une des organisatrices, la gentille Émilie, qui déploie pour nous un futon dans son salon : nous y déroulons nos sacs de couchage et plongeons sans plus tarder dans un sommeil hélas un peu trop court pour être complètement réparateur. 😉

Samedi 7 novembre : Le Jour le Plus Long.

7h30 : pas de temps à perdre ce matin, nous devons être à 9h à la Manufacture pour entamer la seconde journée de notre « marathon créatif »! L’équipe est plus calme que la veille, les idées fusent moins nombreuses, mais plus précises. Aujourd’hui, nos deux projets (hé oui, deux pour le prix d’un, on n’a pas peur, nous!) doivent être affinés au maximum, car demain il nous faudra les présenter à un public spécialement accouru pour les tester. Nous partons sur l’idée d’un voyage au centre duquel l’Humain occuperait le premier rôle : nous proposerons d’abord un dispositif immersif, à la manière d’un sas sensoriel sollicitant la vue, le toucher et l’ouïe, puis une application sur tablette permettant d’approfondir ses connaissances autour d’une machine de l’usine, et de l’ouvrier qui la manipulait. Ces dispositifs sont conçus pour appuyer la visite guidée déjà existante, et pour apporter au visiteur une dimension supplémentaire. Ceci arrêté, chacune cible ses champs d’intervention : rédaction des contenus, développement de l’application pour notre codeuse, schéma d’un ourdissoir par votre serviteur, Rat de Musée habitué aux croquis sur le vif, préparation des structures pour nos prototypes…

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Dimanche 8 novembre : Les Visiteurs.

C’est le grand jour pour les Museomixeurs! Cet après-midi, après un crash-test que tous espèrent réussi, nous accueillerons le public qui essaiera nos prototypes et nous donnera son avis. En attendant, nous terminons nos projets, lions des fils entre eux, réglons le son de notre dispositif, peaufinons notre argumentaire, et essayons les jolis petits tabliers noirs confectionnés par notre super couturière, et ornés des badges reprenant notre logo, imprimés en 3D par la géniale équipe du FabLab.

SAMSUNG CAMERA PICTURESLa Manuf’, totalement investie par l’événement, a en effet été divisée tout le week-end en espaces de travail : la salle de Co-Working, dans laquelle nous nous sommes triturés les méninges de concert, le Catering, ô merveilleuse cantine, la MixRoom, espace dévolu à nos cameramen/women, monteurs et preneurs de son, la Menuiserie, espace de tous les possibles, et enfin le FabLab, où s’activent les techniciens autour des imprimantes 3D et autres machines à hologrammes. Les Chti’sseuses sont prêtes à accueillir les visiteurs : un défilé quasi-ininterrompu de public, du simple amateur lambda au geek curieux en passant par Monsieur le Maire de Roubaix. Quel bonheur de présenter les prototypes sur lesquels nous avons travaillé ensemble trois jours durant, en équipe, dans un bel esprit d’entraide et d’émulation! Le Rat en verserait presque sa petite larme…

Les + du Rat :

Ils sont si nombreux! Je mentionnerai simplement, en vrac, l’événement Museo-Kids, intégré dans le nôtre (le samedi après-midi), qui a permis à des enfants entre 8 et 12 ans de venir tester des technologies de pointe au cœur du musée, la disponibilité des organisateurs (chapeau, les artistes! et bravo à la famille Debail pour la nourriture), les partenariats bien sympa (merci aux Archives Nationales du Monde du Travail pour les livres magnifiques!), les possibilités offertes de découvrir d’autres univers et d’autres champs d’action (pour un Rat de Musée habitué à une médiation très traditionnelle, c’est drôlement impressionnant, une imprimante 3D!), et enfin les belles rencontres…

A l’année prochaine, alors? Plutôt deux fois qu’une, parole de Rat!

[Si vous désirez en savoir plus sur l’esprit Museomix, rendez-vous sur le site officiel!]