Promenade au(x) Jardins(s)…

« Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut »

Cicéron

Imogen Cunningham, Magnolia (1960)

Dimanche dernier, j’ai passé à Paris une journée dédiée au printemps, avec le festival de Holi au Jardin d’acclimatation, puis la visite de la toute nouvelle exposition du Grand Palais… un bol d’air frais, de verdure et de couleurs qui m’a fait le plus grand bien, et que je souhaitais aujourd’hui partager avec vous!

« Jardins » est une exposition riche et ambitieuse ; à mille lieues des habituelles monographies ou des expos thématiques le plus souvent chronologiques, il s’agirait plutôt d’un espace de réflexion et de contemplation, aussi dense et foisonnant qu’une haie de troènes, mais se laissant, assez étonnamment, parcourir avec simplicité. Une promenade digestive au jardin, en toute passivité? Bien au contraire!

L’éclectisme règne en maître sur le choix des œuvres et de leur présentation. Si on retrouve avec émerveillement les « stars » du genre (comment faire l’impasse sur les Nymphéas de Monet à Giverny, ou sur les Parterres de marguerites de Caillebotte?), la peinture est loin d’être le seul support de notre voyage immobile. L’imagination vagabonde se réjouira de la présence, dès l’entrée, d’un sublime fragment d’une fresque pompéienne en trompe-l’œil, idéal vestibule, délicieux préambule… presque aussitôt suivi d’un œuvre contemporaine signée Koîchi Kurita, fascinante Bibliothèque de sols composée d’échantillons maniaquement récoltés et présentés sous forme de carrés aux teintes subtilement nuancées. Entre ancien et moderne, entre chaos et harmonie, le ton est donné, la promenade peut commencer.

Peut-on, et doit-on, dompter la nature? Quelles interactions, pour l’Homme, avec ce microcosme qu’est le jardin, à la fois support de l’imaginaire et parcelle domestiquée? Le parcours interroge, mais n’impose aucune conclusion : libre au promeneur de s’attarder, rassuré, dans une portion de nature impeccablement maîtrisée, et de goûter aux charmes d’une perspective à la française, le long d’une allée au cordeau. Mais libre à lui, tout autant, de se laisser happer par la danse hypnotique des vrilles du potiron sur une bande vidéo de 1935 ; peut-être appréciera-t-il les Fleurs de Pâques d’Ernest Quost, et leur anarchique épanouissement coloré (a fortiori, il est probable que les Acanthes de Matisse, tout en envolées de papiers découpées, imprimeront durablement sa rétine) ; et peut-être aussi s’arrêtera-t-il avec fascination devant les Texturologies de Dubuffet, qui révèlent l’essence même de la nature, l’organique et sombre humus, source d’une vie difficile à apprivoiser.

L’Homme a toujours cherché à classifier, à organiser et à répertorier la nature qu’il côtoie : les herbiers, les xylothèques (« bibliothèques de bois »), les reproductions en cire (notamment l’impressionnant « carporama » de Robillard d’Argentelle), et même en pierres précieuses (les parures de chez Van Cleef et Arpels!) sont là pour en témoigner…

Fruits en cire

Mais, parfois, il avoue son impuissance face à la beauté qu’il préfère ressentir plutôt qu’analyser. C’est alors que les chefs-d’œuvre se révèlent : Albrecht Dürer, dont le Bouquet de Violettes n’a pas pris une ride depuis le XVème siècle, Odilon Redon et sa Branche Jaune, Gerhrard Richter et son Jour d’Été… La nature elle-même se transforme, à certaines occasions, en œuvre d’art ; il n’y a qu’à admirer les Papiers de Provence de Lionel Estève ou les monticules de pollen amassés avec patience par Wolfgang Laib pour composer Les montagnes où l’on ne grimpe pas.

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L’Homme alors, s’apprête à céder la place : quel message nous adresse donc le Vieux Jardinier qui pose, frustre et épuisé, et pourtant tellement touchant de simplicité, dans l’œuvre éponyme d’Émile Claus, ses larges pieds nus solidement campés sur le sol de la terrasse? Plus loin dans l’exposition, serait-ce son descendant qui a oublié au jardin une paire de galoches? La nature déjà s’en est emparé, colonisant lacets et empeigne ; bientôt, elles auront disparu… et leur sort ne peut que nous sembler familier.

Vous l’aurez compris, voilà une exposition dont je me suis délectée. Certains lui ont reproché son côté « fouillis », et, c’est vrai, je me suis trompée deux fois de sens dans le parcours… mais qui ne s’est jamais égaré, même très momentanément, au cours d’une promenade dans la nature? Cela fait partie du charme! D’autres ont pointé du doigt le manque d’informations des cartels, et là encore, j’aurai tendance à aller dans leur sens, pour la simple et bonne raison que lorsque le sujet me plaît, il n’y a jamais assez d’explications pour satisfaire ma curiosité… ceci dit, les audioguides trouvent aussi leur raison d’être dans ces omissions volontaires.

Pour conclure cet article, petit focus sur une œuvre que j’ai adoré découvrir au sein de ce parcours d’une extrême richesse : la Grotta Azzurra de Jean-Michel Othoniel, une installation composée de miroitantes briques de verre bleu, écrin précieux d’une fontaine aux deux vasques rondes, d’où ruisselle une eau cristalline et gazouillante. Un vrai coup de cœur pour le Rat!

Grotta Azzurra

« Un jardin, à mes yeux, est un vaste tableau. Soyez peintre ».

Jacques Delille.

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Marathon parisien – épisode 3!

Suite et fin de notre escapade parisienne, avec la découverte de la merveilleuse exposition « Icônes de l’art moderne » à la Fondation Louis Vuitton! Je m’y prends un peu tard, je le sais bien, pour ce compte-rendu ; malgré une prolongation de deux semaines par rapport au planning initial, la présentation de la collection Chtchoukine s’achèvera… demain, le 5 mars! Le bilan est impressionnant : depuis son ouverture au public le 22 octobre, cette exposition unique a déjà été vue par plus d’un million de visiteurs, dont certains, surtout cette dernière semaine, n’ont pas hésité à prendre d’assaut la Fondation dès sept heures du matin (il paraît même que le petit déjeuner était offert aux courageux…). Il était donc grand temps que je vous raconte notre expérience!

Après notre visite à Hergé au Grand Palais (à lire juste ici), et un déjeuner sur le pouce, nous longeons les grilles du Jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne, à la recherche de la Fondation. Soudain, tranchant sur les différentes nuances de vert et de marron des grilles ou des arbres qui nous entourent, un berlingot aux multiples facettes colorées se dresse à l’horizon. Rhabillée par Daniel Buren, l’architecture de Frank Gehry évoque un bouton de rose lentement effeuillé à mesure qu’il s’élève vers le ciel, ou une chrysalide qui se fendille sous l’impulsion de son occupant…

Si L’Observatoire de la Lumière, installation in situ de Daniel Buren composée de filtres colorés (qui se superposeront aux verrières jusqu’au mois d’avril), a pu déplaire aux puristes, je trouve pour ma part que l’intervention de l’artiste a sublimé le bâtiment ; les longues files de visiteurs qui serpentent au pied de la Fondation se mirent dans ses reflets changeants… oublieux, pour quelques instants au moins, de la longue attente que tous doivent subir, malgré les horaires mentionnés sur les billets achetés en ligne.

Après la queue, et une fois les sacs déposés au vestiaire, l’exploration peut commencer! Bien que la Fondation ait acquis un certain nombre d’œuvres présentées à tour de rôle ou installées à divers endroits stratégiques (on pense notamment aux commandes passées à Olafur Eliasson, Elsworth Kelly ou encore Adrian Villar Rojas, dont l’installation massive prend le frais sur la terrasse, mutant lentement au fil des aléas climatiques), ce sont bien les expositions temporaires qui font sa singularité et son succès… ou pas, puisque la Collection Chtchoukine est en fait la première à réellement faire le buzz.

À l’intérieur de l’exposition, le parcours est relativement sobre : pas de couleurs trop vives et des cartels discrets, le but étant bien de présenter les œuvres le plus justement possible… et celles-ci se suffisent largement à elles-mêmes, ô combien. Outre la chronologie du fil conducteur, les commissaires ont choisi de s’intéresser à la figure du collectionneur et mécène russe Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, détaillant son parcours, ses relations, mais aussi et surtout ses interrogations esthétiques et artistiques. On le découvre ainsi en amateur d’art déjà éclairé, mais conscient de ne pas posséder toutes les clés nécessaires à l’interprétation des œuvres audacieuses produites par les peintres les plus avant-gardistes du temps, Picasso en tête, dont les toiles lui donnaient l’impression de « mâcher du verre pilé ».

La vidéo diffusée sur le grand mur incurvé de la salle de projection nous a laissés plus que perplexes, le Rat Prof et moi… est-ce le choix des acteurs ou celui de la mise en scène, ou bien les intermèdes dansés? Toujours est-il que nous n’avons pas adhéré au message…

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En ce qui concerne les cent trente tableaux présentés… que dire devant tant de chefs-d’œuvres, et surtout devant l’incroyable talent des maîtres rassemblés? De la beauté calme et solaire d’un jardin épanoui sous les touches délicates de Monet, à l’écho fantastique des couleurs de Matisse, en passant par les volumes aigus des nus de Picasso, le dépaysement est total, et le régal complet! Un petit bémol tout personnel, avec la conclusion de l’exposition, en accord avec la chronologie, mais moins avec mes affinités : les suprématismes et les avant-gardes russes (cela reste, encore une fois, marqué au sceau de ma propre subjectivité.). 20161212_160015Dans cette section en particulier, je dois avouer que j’ai été frappée par la complexité des cartels… dans l’ensemble de l’exposition d’ailleurs, la médiation est quasiment absente, et très discriminante lorsqu’on la découvre, puisqu’elle s’adresse de toute évidence à un public averti. On ne peut que déplorer cet état de fait auquel il aurait pourtant été très facile de remédier. Les visites guidées et l’application existent, certes, mais sont loin de suffire face aux singularités des différents publics potentiels (je pense aux enfants, à tout hasard.)… Dommage!

Je vous laisse sur un petit diaporama qui ne saurait, bien sûr, rendre toute la beauté de cette présentation unique, mais vous donnera peut-être une idée de l’expérience esthétique unique dans laquelle je me suis immergée avec bonheur.

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Et vous? Avez-vous eu la chance d’admirer cette exposition? Qu’en avez-vous pensé?

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Marathon parisien – épisode 2

Après notre coup de cœur à l’exposition « Quoi de neuf au Moyen-Age? » (à lire juste ici), des sushis pas frais (😕) et une bonne nuit de sommeil, le Rat Prof et moi sommes prêts pour une nouvelle journée de découvertes parisiennes! Au programme : Hergé au Grand Palais le matin, et la collection Chtchoukine à la fondation Louis Vuitton l’après-midi… Nous avions bien entendu réservé nos billets sur Internet quelques jours avant de partir et bien nous en a pris! L’exposition Hergé s’est remplie au fur et à mesure de notre visite ;  quant à la fondation Louis Vuitton, je vous ferai la grâce de ne pas vous dépeindre dans le détail les files de visiteurs serpentant presque jusqu’aux guérites à l’entrée du parc, dans un froid glacial!

Mais commençons par le commencement… Hergé!

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Ce nom n’évoquait pas grand-chose pour moi, à part les souvenirs d’après-midi de lecture chez mes grands-parents, au fil des pages (déjà bien cornées par mon père et ses frères) des premières éditions des aventures de Tintin. C’est donc sans a priori (et sans réelles attentes non plus, j’avoue…) que dès dix heures du matin je me suis présentée, aux côtés du Rat Prof, devant l’entrée Champs-Élysées du Grand Palais.

Première surprise : l’exposition adopte un parcours original, à rebours de la traditionnelle chronologie, ce qui permet au visiteur de se replonger dans le passé et les influences du créateur de Tintin, au fil des archives dévoilées de salle en salle. Bien entendu, le petit reporter à mèche blonde est extrêmement présent, aux côtés de ses amis de toujours, du truculent Haddock à la plantureuse Bianca Castafiore.

La personnalité et la carrière du Belge Georges Rémi, alias Hergé, sont néanmoins illustrées avec pertinence ; on le découvre d’abord en collectionneur âgé mais ouvert à la modernité et aux talents de son temps, écoutant Bowie et accrochant fièrement sur ses murs son portrait par Warhol ou les cathédrales de Lichtenstein.Portrait d'Hergé par Warhol Puis, à mesure qu’on remonte aux origines, le voici en pape de la bande dessinée, créateur des studios Hergé qui emploient dessinateurs et coloristes… contribuant chacun à leur manière à la naissance des dernières aventures de Tintin, du découpage des images à l’encrage, puis à la mise en couleur, en passant bien sûr par le crayonné qui précise les attitudes des personnages. Dans ses Entretiens avec Numa Sadoul, le dessinateur confiait à propos de cette étape cruciale : « C’est à ce stade que j’utilise toute mon énergie. Je dessine furieusement, rageusement, je gomme, je rature, je fulmine, je surcharge, je m’acharne, je jure, j’esquisse une autre attitude. Il arrive même parfois qu’à force de revenir sur une attitude, je perce le papier, tout occupé que je suis à donner le maximum d’intensité à l’expression ou au mouvement. »

Très didactique, ce passage de l’exposition illustre parfaitement le face à face entre le créateur et son œuvre, notamment grâce aux planches présentées à différentes étapes de leur réalisation. Sur le papier jauni par le temps, les corrections se remarquent d’autant plus : ici, Hergé a raturé avec véhémence le texte d’une des bulles ; là, le dessin se mouchète de correcteur opaque, qui vient masquer quelques traits visiblement mal placés. Enfin, les esquisses terminées, le blanc, extrêmement structurant, et les couleurs, posées en aplat pour une plus grande « fraîcheur » du dessin, jouent un rôle qu’on ne leur soupçonnait pas. La passion et l’énergie créatrice qui se dégagent de ces émouvantes archives sont palpables.

Quick et Flupke, Jo, Zette et Jocko (qu’Hergé n’a finalement jamais beaucoup apprécié), les années « Petit Vingtième », la belle rencontre avec Tchang, le jeune Chinois qui l’incitera à mieux connaître les civilisations qu’il dépeignait dans ses histoires… tout cela est présenté avec simplicité et pédagogie pour le plus grand plaisir du visiteur. J’ai ainsi appris, par exemple, que tous les caractères chinois insérés dans Le Lotus Bleu possédaient réellement une signification en rapport avec la scène dessinée.

Les commissaires sont parvenus, et c’est une grande réussite, à ne verser ni dans le très technique (et tout le jargon qu’il suppose), ni dans la simplification à outrance, spéciale « grand public », que je redoutais un peu. La scénographie est bien pensée, alternant entre le « décoratif » (le mur de couvertures d’albums, ou les adhésifs muraux reproduisant des scènes classiques) et la présentation plus explicative, notamment pour évoquer les jeunes années d’Hergé et les commandes qu’il a honorées pour la publicité.

L’exposition se conclue sur les premières esquisses de celui que ses camarades scouts surnommaient « Renard Curieux », et dont on réalise qu’il a toujours conçu le dessin comme un exercice de rigueur, à pratiquer consciencieusement, encore et encore, afin d’en approcher la maîtrise.

A la sortie, mon regard de Rat de Musée a vraiment changé sur ce dessinateur, dont je ne connaissais finalement que très peu la carrière en dehors de Tintin, et que j’ai été ravie de découvrir en amateur éclairé, en talentueux illustrateur publicitaire ou encore, et c’est un aspect très touchant, en « peintre du dimanche » portraiturant sa femme ou s’essayant à l’abstraction, tout en regrettant, peut-être, de ne pouvoir s’y consacrer pleinement.

« J’aime mes personnages, je crois en eux, ils existent pour moi. Il me semble que je réagirais comme eux si je me trouvais dans les situations où je les ai placés. »

Hergé

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La fresque finale, un régal.

J’avais prévu de vous résumer Hergé et Chtchoukine en un seul article, mais je me rends compte que j’ai eu les yeux plus gros que le ventre!

La suite, donc, au prochain épisode…

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Marathon parisien – épisode un.

Les jours ont beau raccourcir, les semaines semblent s’écouler au goutte à goutte en ce moment… La parade est simple : pour contrer grisaille et routine, rien de tel qu’une petite escapade culturelle! Il y a quelques jours, le Rat Prof et moi avons donc réservé une nuit d’hôtel à Paris, avec trois objectifs (culturels) en tête : l’exposition « Quoi de neuf au Moyen-Âge? » à la Cité des Sciences, la découverte de l’univers d’Hergé au Grand Palais et la présentation de la très riche collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton.

Le Rat de Musée vous invite sur ses traces, à travers trois grandes expos du moment… suivez le guide!

Épisode 1 : Quoi de neuf au Moyen-Âge?

C’est par une frisquette matinée de décembre que nous prenons le train pour la capitale… Une fois le sac posé à l’hôtel, et après un brunch très sympathique dans le parc de la Villette (je recommande « La Petite Halle ») en compagnie de mon frère et de sa compagne, nous nous dirigeons tous les quatre vers la Cité des Sciences et de l’Industrie, immense bâtiment gris semblable à un navire à quai au bord du canal Saint-Denis. Nous choisissons de faire d’abord un tour dans les différentes expositions temporaires au niveau « Explora 1 », le niveau 0 étant réservé aux enfants (j’irai faire un tour la prochaine fois, si les adultes non accompagnés sont autorisés, bien sûr!  😉 ).

Nous y découvrons notamment l’exposition « Mutations urbaines », consacrée aux villes d’hier, d’aujourd’hui, et de demain. A priori, ce n’est pas un sujet qui me passionne, mais j’ai été agréablement surprise par la disposition aérée des modules interactifs et leur intérêt, des « gated communities » aux énergies renouvelables (super « manège des salades », modélisé sur ceux de Singapour), en passant par la belle idée de la carte sensible à colorier et à faire scanner pour la recevoir chez soi.

L’exposition suivante, « Objectifs Terre », me retient moins ; mais, par curiosité, nous assistons à une séance de médiation sur le thème des incohérences scientifiques dans la science-fiction ; elle se révèle très intéressante pour les enfants et amusante pour les adultes, avec des exemples tirés des univers de Star Wars ou des comics Marvel, et  même quelques manipulations (observation des vapeurs froides dégagées par l’azote liquide, ou démonstration des effets de l’absence d’oxygène dans l’espace).

Galerie

Enfin, nous découvrons le clou de notre après-midi, l’exposition « Quoi de neuf au Moyen-Âge? », dont la présentation se répartit sur deux étages. Dès son entrée, le visiteur est guidé dans la galerie du temps, son cheminement ponctué par les dates importantes et le rappel des généalogies sur les parois.

C’est après avoir gravi quelques marches, cependant, que le cœur de l’exposition se révèle : nous découvrons un premier espace clair, tout en bois blond et sols colorés, puis d’autres « terrains de jeux » aux éclairages modulés… jusqu’au noir quasi-complet d’un espace de projection, au cœur duquel le visiteur se laisse volontiers charmer par une séquence de fabliaux remarquablement animés, et dans lesquels des personnages en toile de jute peinte apprennent à leurs dépens à ne pas se fier à leur prochain… Chaque petit conte, narré par un troubadour, est prétexte à une explication très pédagogique sur une carte animée resituant le contexte historique, géographique et culturel.

Le conteur n’est d’ailleurs pas le seul personnage que nous croiserons dans les espaces d’exposition : ici et là, en effet, de petits tréteaux de bois, sortes de castelets recréant l’environnement d’illustres aïeux, ponctuent l’espace. Dans ce décor figé, Hildegarde de Bingen ou Thomas Beckett dressent leurs silhouettes de contreplaqué, seulement animées par le visage d’un comédien, le temps d’une courte autobiographie.

Extrêmement ludiques, les modules mis à disposition des visiteurs, qui dressent un large panel des découvertes scientifiques les plus récentes sur les us et coutumes du Moyen-Âge, font la part belle aux interactions et aux manipulations : on apprend ainsi à bâtir un arc en plein cintre à l’aide de blocs de caoutchouc, à cloisonner un bijou émaillé, ou encore à jouer à la mérelle, à mi-chemin entre les dames et le morpion.

Au fil du parcours, de nombreux quizz permettent de faire le point sur les connaissances acquises. Ma préférence, parmi tous ces trésors de médiation (aussi appréciés des adultes que des enfants, comme nous avons pu le constater le jour de notre visite), revient au bac de fouilles interactif, dans lequel le visiteur est invité à pelleter le sable pour y dénicher des objets insolites ou, qui sait, de belles trouvailles archéologiques! J’ai trouvé très pertinente l’utilisation combinée d’un dispositif « en dur » et d’une projection vidéo réagissant aux interventions du visiteur, qui permet l’apport d’un contenu supplémentaire tout en autorisant la manipulation.

Le Rat Prof et moi avons beaucoup apprécié cette exposition, à la fois pour les contenus très didactiques, relativement faciles d’accès grâce à leur mise en forme très étudiée, et pour les expériences proposées au cours de la visite, dans un espace ludique, agréable, et adapté à différents types de publics. Un vrai coup de cœur!

À la pointe de la mode!

Le Rat de Musée n’est pas une bête de mode, loin de là… disons que je m’habille toujours de la manière la plus pratique possible, à l’exception des occasions spéciales durant lesquelles, juchée sur mes talons, je m’efforce de garder l’équilibre! 🙂

Pour autant, l’histoire du costume m’a toujours fascinée ; et cela faisait plusieurs années déjà que j’attendais de découvrir le musée dédié aux pièces les plus surprenantes et les plus intéressantes des collections françaises : le palais Galliera. Située dans le 16ème arrondissement de Paris, cette bâtisse de style néo-Renaissance, tout en colonnes et sculptures, dévoile sa façade au milieu d’un square joliment fleuri, à deux pas du palais de Tokyo.

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Ce musée a été construit à la fin du 19ème siècle à la demande de la duchesse Galliera, qui souhaitait faire don à l’État français de sa riche collection d’art. Suite à une erreur de rédaction dans les papiers de donation, le palais fut légué à la ville de Paris, ce qui contraria fortement la riche duchesse… qui préféra alors confier sa collection au Palazzo Rosso de Gênes.  Néanmoins, et malgré le décès de la donatrice en 1888, le bâtiment fut achevé en 1894 ; d’abord musée de l’Art Industriel, puis salle d’exposition et de ventes, ce n’est qu’en 1977 que le lieu devint musée de la Mode et du Costume de la Ville de Paris. Ses collections (plus de 243 000 costumes et accessoires!) ne peuvent être présentées que ponctuellement, en raison de la fragilité des pièces. Ce n’est donc qu’à l’occasion des expositions temporaires régulièrement organisées que les costumes ont à nouveau l’opportunité de briller sous les projecteurs (briller étant tout à fait relatif, car l’éclairage très tamisé est étudié pour occasionner aussi peu de dommages que possible). En ce moment, et jusqu’au mois d’octobre, c’est à l’étude de l’Anatomie d’une collection que nous convie le musée…

L’exposition est brillamment conçue comme un voyage entre les époques, entre pièces fabuleuses portées par les plus grandes actrices et simples costumes de serviteur ou même de forçat!

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Le contraste entre atours somptueux et guenilles aux émouvantes reprises fonctionne à merveille, et on se surprend à s’attarder sur un tablier de bonne plutôt que sur un bonnet de vison, le premier titillant beaucoup plus l’imagination que le second : quelle jeune fille a serré autour de sa taille fine les cordons de ce tablier, un peu défraîchi maintenant, et pour aller servir quels maîtres? Les cartels, sans être exemplaires, apportent quelques informations utiles, notamment en ce qui concerne les vêtements historiques : petite chemise blanche brodée d’une minuscule couronne rouge pour le Dauphin, futur prisonnier du Temple, gilet de Napoléon ou extraordinaire manchon en plumes de la princesse Mathilde. Les quelques paires de chaussures disséminées au fil de l’exposition surprennent particulièrement par leur taille minuscule et leur étroitesse : des pieds d’enfant y rentreraient à peine aujourd’hui!

Les costumes des actrices et artistes de la Belle Époque m’ont également beaucoup plu : chaque pièce correspondait à merveille à la femme célèbre qui l’arborait, de Sarah Bernhardt à Mistinguett. Une autre salle (et quelques décennies) plus tard, en vraie fan d’Audrey Hepburn, c’est avec émotion que j’ai découvert les tenues spécialement créées pour elle par Givenchy.

Les noms illustres défilent et d’étonnantes créations se révèlent au détour d’une salle : ici une robe de cheveux griffée Maison Margiela, une robe « seins-obus » de chez Jean-Paul Gaultier, et bien sûr l’iconique « chapeau-chaussure » créé par Schiaparelli et Dali pour Gala, épouse et muse de ce dernier.

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Malheureusement (mais pour d’évidentes raisons de conservation), les photos sont interdites dans les quelques salles de présentation des collections ; je n’ai donc eu d’autre choix que d’illustrer cet article avec des clichés extraits du site Internet de la structure, mais aussi du livret « Anatomie d’une collection »… dans lequel j’ai tellement apprécié de retrouver le (très beau) texte d’ouverture de l’exposition que je vous en copie ici quelques extraits :

« Quand les engouements s’éteignent, quand les couturiers ne sont plus que le nom des griffes et des étiquettes qu’ils ont cousues, les écorces nées de leurs rêves demeurent. […] Au musée, les costumes, les vestiaires, les garde-robes ne s’accrochent plus aux portemanteaux de ceux qui les ont possédés. Pourtant, ils conservent la trace indestructible de leur souvenir. L’émotion d’un corps disparu, évanoui, persiste dans le creux des corsages coquillages. Le souffle d’un geste, la mémoire d’un mouvement sont des sédiments plus apparents qu’il n’y paraît. […] Intimes, sauvages, singulières, sans pagination ni mots, ces encyclopédies de l’être, aux feuilles de Nylon ou de soie, envahissent les rayons des réserves. Comme les livres sur la tranche, les vêtements rangés de profil font des placards et des dressings les bibliothèques romanesques dont les musées de mode sont les reliures en tissu. » (Olivier Saillard)

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Et vous, avez-vous déjà visité le palais de la Mode?

Quels créateurs vous inspirent?

Et pensez-vous, vous aussi, qu’un vêtement garde toujours l’empreinte de son propriétaire?

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« Force et intimité » : ma rencontre avec Paula Modersohn-Becker.

Les vacances sont déjà terminées pour moi… à peine de retour des Baléares (quelques articles sont en préparation sur mes découvertes muséales et patrimoniales à Majorque), j’ai fait un saut à Paris pour y découvrir les dernières exposition du Musée d’Art moderne : Albert Marquet et Paula Modersohn-Becker.

J’ai apprécié, sans plus, la rétrospective « Marquet, peintre du temps suspendu », qui met surtout l’accent sur les paysages déclinés par l’artiste au gré de ses voyages, tout en rappelant ses liens avec ses contemporains, notamment Matisse.

SAMSUNG CAMERA PICTURESEn Marquet, plus que le coloriste, c’est le dessinateur que j’admire ; la partie dédiée à ses croquis et à ses caricatures est d’ailleurs celle que j’ai préféré dans l’exposition.

Y consacrer un article entier ne me paraissait cependant pas pertinent, notamment parce que je voulais m’attarder davantage sur la rétrospective Paula Modersohn-Becker, une découverte et un immense coup de cœur, dont je voulais vous parler aujourd’hui.

C’est l’enthousiaste compte-rendu de visite d’une artiste avec qui je travaille en ce moment (elle se reconnaîtra certainement si elle passe par ici) qui m’a donné envie d’aller découvrir l’univers de cette peintre allemande née en 1876 et décédée en 1907, à l’âge de 31 ans, quelques jours seulement après la naissance de sa première fille. Une vie brève, mais marquée au sceau d’une immense sensibilité ; si, comme l’écrivait Paula, « l’intimité est l’âme du grand art », alors les tableaux réunis au Musée d’Art moderne jusqu’au 21 août témoignent du parcours d’une grande, très grande artiste.

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Première rétrospective française pour la première femme à s’être représentée nue, et à qui sera dédié le premier musée du monde entièrement consacré à une femme (ouvert à Brême, en 1927)… et, pour moi, première rencontre avec une artiste dont on ne m’avait jamais parlé pendant mes cinq années d’histoire de l’art ; cette exposition des premières fois, extrêmement bien documentée, adopte l’approche chronologique pour aborder le parcours de Paula Modersohn-Becker. Issue d’un milieu plutôt bourgeois, la jeune fille fait très vite le choix de la peinture, à Berlin puis à Worpswede, un village d’artistes où elle séjourne avec son amie sculptrice Clara Westhoff, et où toutes deux vont rencontrer le poète Rainer Maria Rilke. Ce dernier épousera Clara, mais ne cessera jamais d’éprouver des sentiments pour Paula. Un an tout juste après la mort de la jeune femme, décédée d’une embolie foudroyante une semaine après son accouchement, il lui consacrera une longue élégie, le « Requiem pour une amie ».

Paula épouse en 1901 le peintre Otto Modersohn, veuf depuis peu. Mais cette union ne la satisfait pas pleinement ; elle aspire à être libre, à créer sans entraves, et le quittera d’ailleurs, avant de le laisser revenir, un an avant sa mort. Paris, la ville des bohèmes et des artistes, l’attire irrésistiblement. Elle y séjournera quatre fois, et y rencontrera d’autres influences, Cézanne, les primitifs, Gauguin, qui la pousseront à s’échapper du réalisme au profit de la révélation de l’essence même des choses.

L’artiste représente souvent des natures mortes, des enfants à l’air grave, des maternités ; ces sujets en apparence classiques sont traités avec une liberté et une simplicité qui frappe le spectateur. Les codes sont nombreux dans ses tableaux, des oranges symboles de fertilité, aux fleurs qui s’épanouissent en arrière-plan, sans oublier la position des mains de ses modèles.

SAMSUNG CAMERA PICTURESDans son très bel ouvrage consacré à l’artiste, l’écrivaine Marie Darrieussecq (à qui on doit en partie l’exposition du MAM), décrit ainsi son travail : « Le soleil est toujours voilé sur ces tableaux. A cet endroit du monde, dehors, dans les bois et les champs, c’est la présence cotonneuse, assourdie mais puissante, de jeunes humaines debout sur la terre. Non pas à quoi rêvent les jeunes filles, mais ce qu’elles pensent. […] Cette pose un peu hiératique, sérieuse, le regard ailleurs, sera désormais la manière de Paula : une jeune fille grave porte un objet comme une offrande. Ni triomphe, ni malaise, ni érotisme délibéré. Ce ne sont pas des mondes d’angoisse ou de secret, mais des mondes de pensée. »

Marie Darrieussecq, « Être ici est une splendeur – Vie de Paula M. Becker », éditions POL, 2016.

J’ai adoré ce livre qui retrace avec beaucoup de sensibilité la courte existence de la jeune artiste, et je vous le recommande chaudement!

Paula se représente souvent elle-même, dans des autoportraits sans concession ; elle se peint nue à plusieurs reprises, et même, à 30 ans, le ventre gonflé comme une future mère… sauf qu’elle ne tombera véritablement enceinte que plusieurs mois plus tard!

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Le collier d’ambre qu’elle porte sur cette peinture était exposé dans une vitrine, avec de nombreuses photographies et documents plus ou moins intimes, et la présence de cet objet très personnel m’a beaucoup émue.

L’exposition dans son ensemble, bien pensée, très pertinente et suffisamment aérée, a emballé mon petit cœur de Rat! Mention spéciale au film final, qui résume le propos de l’exposition en l’illustrant d’images d’archives et « redonne sa voix » à Paula, par le biais d’une narratrice qui lit sa correspondance à la première personne ; de ces clichés en noir et blanc, de ces quelques mots tantôt ironiques, tantôt lyriques, on retiendra l’image d’une artiste plutôt que d’une épouse, d’une femme qui rêvait d’être mère mais qui mourut de le devenir, décédée prématurément mais déjà parvenue, peut-être, à sa maturité artistique.

 

Je referme cet article sur une autre citation de Marie Darrieussecq, qui pour moi résume à merveille l’être au monde de Paula Modersohn-Becker, cette artiste qui vient de prendre sa place dans mon petit Panthéon personnel : « Les femmes n’ont pas de nom. Elles ont un prénom. Leur nom est un prêt transitoire, un signe instable, leur éphémère. Elles trouvent d’autres repères. Leur affirmation au monde, leur ‘être là’, leur création, leur signature, en sont déterminés. Elles s’inventent dans un monde d’hommes, par effraction ».

N.B : toutes les photos illustrant cet article, à l’exception de celle du livre de Marie Darrieussecq, ont été prises à partir des cartes postales achetées lors de ma visite, les dispositifs de prise de vue étant interdits dans les deux expositions.

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Au LAM, la beauté brute.

Le Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Lille métropole…je rêvais depuis longtemps d’y planifier une visite, sans avoir eu jusqu’à présent l’opportunité de la concrétiser. L’exposition « Modigliani, L’œil Intérieur » qui y est programmée jusqu’au 5 juin m’a fourni l’occasion idéale pour pousser les portes de cette merveilleuse institution culturelle…

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Le LAM est le fruit de l’importante donation d’un couple de collectionneurs, Jean et Geneviève Masurel, qui souhaitaient léguer leurs quelques deux cents œuvres d’art moderne à un musée du nord de la France…sous réserve que celui-ci se dote d’un parc de sculptures et d’un service pédagogique. Le choix se porte sur Villeneuve d’Ascq où l’on décide de construire une structure nouvelle dédiée à l’art moderne et contemporain, un vrai pôle culturel dont la vocation est bien évidemment de dynamiser l’aire urbaine autour de Lille. Inauguré en 1983, le bâtiment de briques aux toits en sheds échelonnés, signé Roland Simounet, se fond remarquablement dans la verdure qui l’environne. On y pénètre par un patio qui facilite la transition entre l’espace du dehors et celui, très épuré et rigoureusement articulé, du dedans : l’horizontalité règne en maîtresse sur la structure, qui, en 2009, se dote sur le flanc est d’une extension spécialement conçue par l’architecte Manuelle Gautrand. Cette addition bétonnée percée de moucharabiehs accueille aujourd’hui l’une des plus belles collections d’art brut de France, quatre mille pièces collectées par l’association L’Aracine.

A rebours de mon propre parcours de visite, puisque j’ai débuté ma visite par l’exposition Modigliani, intéressons-nous d’abord aux collections d’une grande richesse qu’abrite le LAM. La donation Masurel, à l’origine de la création, fait la part belle aux cubistes, avec des Braque, des Picasso ou des Juan Gris tout à fait caractéristiques des prémices du mouvement ; des Miro, des Dubuffet ou des Léger (magnifique « Femme au bouquet ») se côtoient sans se gêner. Peu sensible à l’art moderne, le Rat a néanmoins passé un beau moment contemplatif dans les espaces conçus comme autant de « machines à voir » par l’architecte. L’interpénétration intérieur/extérieur, matérialisée par la grande baie vitrée de la salle du fond, se ressent aussi dans les volumes qui se dilatent ou s’étrécissent à mesure que l’on y déambule.

La plupart des salles d’exposition réservées à l’art contemporain étaient fermées le jour de ma venue, et c’est un gros regret de ne pas avoir ne serait-ce qu’entrevu l’installation de Buren ou la grosse carte de France en peluches d’Annette Messager. J’ai en revanche pu savourer la perfection de l’outre-noir devant une œuvre de Soulages, sourire devant les lièvres boxeurs de Barry Flanagan, et chercher la meilleure perspective pour appréhender dans son ensemble l’arc-en-ciel des « Perfect Vehicles » d’Allan Mc Collum.

Indubitablement, c’est la section consacrée à l’art brut qui m’a retenu le plus longtemps. Je ne me dépars pas de ma fascination pour « l’art des fous », comme on l’appelait il y a encore peu de temps, et l’émotion que j’éprouve devant les créations d’une Aloïse Corbaz ou d’un Théo Wiesen est toujours aussi forte. J’admire surtout le fait que ces « illettrés de l’art », autodidactes et inconnus pour la plupart, soient parvenus à exprimer leur besoin de créer, au-delà des barrières normatives. Surmontant les obstacles matériels (pénurie ou mauvaise qualité des matériaux, interdictions…), et en dépit des contingences qui les avaient parfois placés derrière les barreaux d’une prison ou d’un asile d’aliénés, ces obscurs génies ont fait, envers et contre tout, acte d’existence. Entre minutie presque maniaque, prophéties illuminées, délires de persécution ou sculptures à peine ébauchées, taillées dans le vif comme pour exorciser on ne sait quels démons, le panorama proposé (rassemblé entre 1945 et 1996, d’abord par Jean Dubuffet puis par l’association l’Aracine) est impressionnant de diversité et de beauté…brute.

 

Au fil de ma balade au gré des courants de l’histoire de l’art, officielle ou non, j’ai énormément apprécié la découverte de cet établissement, que je n’imaginais pas si riche.

Et l’exposition Modigliani, but premier de ma visite, qu’en ai-je donc pensé? Je connaissais bien sûr l’artiste, pour avoir côtoyé, au cours de mes études d’histoire de l’art, ses belles odalisques aux cous démesurés et aux grands yeux rêveurs en amande…mais l’exposition m’a dévoilé de nombreuses facettes supplémentaires, notamment le travail de sculpteur de l’artiste, qui, fraîchement débarqué d’Italie, s’installe au cœur de Montmartre pour y travailler la pierre et le bois aux côtés de Constantin Brancusi.SAMSUNG CAMERA PICTURES Des problèmes pulmonaires, combinés à des réalisations qu’il juge inabouties et qui ne le satisfont pas, le poussent à se tourner vers la peinture. Ses différentes sources d’inspiration, des Cyclades à l’Égypte en passant par le Cambodge ou l’Afrique noire, sont mises en relation, au cœur de l’exposition, avec les réalisations qu’elles ont influencé. Les comparaisons établies sont fascinantes! Le parcours s’oriente surtout en fonction des personnalités côtoyées par Modigliani, qu’il s’agisse des autres artistes, des commanditaires ou des marchands d’art dont il a pu faire le portrait. La création de ce style reconnaissable entre tous, mélange d’individualisation et d’idéalisation de son sujet, est évoquée au fur et à mesure que la personnalité de l’artiste se construit, forte de sa différence. La mort prématurée du peintre, suivi dans la tombe par sa jeune compagne enceinte, qui se défenestre le lendemain de son décès, met un point final aux recherches artistiques de ce précurseur. En peu d’années, et grâce à un rythme de production soutenu, il sera parvenu à imposer sa vision d’une peinture comme un miroir de l’âme, à la fois de l’artiste et du sujet, dont il représentait d’ailleurs souvent les yeux sans pupille, tournés vers leur secret intérieur…

 

J’espère que cet article vous aura donné envie de découvrir le LAM et les trésors qui s’y cachent! En bonus, quelques photos du parc de sculptures, où l’on peut notamment admirer « La Croix du Sud » de Calder…

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