Marathon parisien – épisode 2

Après notre coup de cœur à l’exposition « Quoi de neuf au Moyen-Age? » (à lire juste ici), des sushis pas frais (😕) et une bonne nuit de sommeil, le Rat Prof et moi sommes prêts pour une nouvelle journée de découvertes parisiennes! Au programme : Hergé au Grand Palais le matin, et la collection Chtchoukine à la fondation Louis Vuitton l’après-midi… Nous avions bien entendu réservé nos billets sur Internet quelques jours avant de partir et bien nous en a pris! L’exposition Hergé s’est remplie au fur et à mesure de notre visite ;  quant à la fondation Louis Vuitton, je vous ferai la grâce de ne pas vous dépeindre dans le détail les files de visiteurs serpentant presque jusqu’aux guérites à l’entrée du parc, dans un froid glacial!

Mais commençons par le commencement… Hergé!

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Ce nom n’évoquait pas grand-chose pour moi, à part les souvenirs d’après-midi de lecture chez mes grands-parents, au fil des pages (déjà bien cornées par mon père et ses frères) des premières éditions des aventures de Tintin. C’est donc sans a priori (et sans réelles attentes non plus, j’avoue…) que dès dix heures du matin je me suis présentée, aux côtés du Rat Prof, devant l’entrée Champs-Élysées du Grand Palais.

Première surprise : l’exposition adopte un parcours original, à rebours de la traditionnelle chronologie, ce qui permet au visiteur de se replonger dans le passé et les influences du créateur de Tintin, au fil des archives dévoilées de salle en salle. Bien entendu, le petit reporter à mèche blonde est extrêmement présent, aux côtés de ses amis de toujours, du truculent Haddock à la plantureuse Bianca Castafiore.

La personnalité et la carrière du Belge Georges Rémi, alias Hergé, sont néanmoins illustrées avec pertinence ; on le découvre d’abord en collectionneur âgé mais ouvert à la modernité et aux talents de son temps, écoutant Bowie et accrochant fièrement sur ses murs son portrait par Warhol ou les cathédrales de Lichtenstein.Portrait d'Hergé par Warhol Puis, à mesure qu’on remonte aux origines, le voici en pape de la bande dessinée, créateur des studios Hergé qui emploient dessinateurs et coloristes… contribuant chacun à leur manière à la naissance des dernières aventures de Tintin, du découpage des images à l’encrage, puis à la mise en couleur, en passant bien sûr par le crayonné qui précise les attitudes des personnages. Dans ses Entretiens avec Numa Sadoul, le dessinateur confiait à propos de cette étape cruciale : « C’est à ce stade que j’utilise toute mon énergie. Je dessine furieusement, rageusement, je gomme, je rature, je fulmine, je surcharge, je m’acharne, je jure, j’esquisse une autre attitude. Il arrive même parfois qu’à force de revenir sur une attitude, je perce le papier, tout occupé que je suis à donner le maximum d’intensité à l’expression ou au mouvement. »

Très didactique, ce passage de l’exposition illustre parfaitement le face à face entre le créateur et son œuvre, notamment grâce aux planches présentées à différentes étapes de leur réalisation. Sur le papier jauni par le temps, les corrections se remarquent d’autant plus : ici, Hergé a raturé avec véhémence le texte d’une des bulles ; là, le dessin se mouchète de correcteur opaque, qui vient masquer quelques traits visiblement mal placés. Enfin, les esquisses terminées, le blanc, extrêmement structurant, et les couleurs, posées en aplat pour une plus grande « fraîcheur » du dessin, jouent un rôle qu’on ne leur soupçonnait pas. La passion et l’énergie créatrice qui se dégagent de ces émouvantes archives sont palpables.

Quick et Flupke, Jo, Zette et Jocko (qu’Hergé n’a finalement jamais beaucoup apprécié), les années « Petit Vingtième », la belle rencontre avec Tchang, le jeune Chinois qui l’incitera à mieux connaître les civilisations qu’il dépeignait dans ses histoires… tout cela est présenté avec simplicité et pédagogie pour le plus grand plaisir du visiteur. J’ai ainsi appris, par exemple, que tous les caractères chinois insérés dans Le Lotus Bleu possédaient réellement une signification en rapport avec la scène dessinée.

Les commissaires sont parvenus, et c’est une grande réussite, à ne verser ni dans le très technique (et tout le jargon qu’il suppose), ni dans la simplification à outrance, spéciale « grand public », que je redoutais un peu. La scénographie est bien pensée, alternant entre le « décoratif » (le mur de couvertures d’albums, ou les adhésifs muraux reproduisant des scènes classiques) et la présentation plus explicative, notamment pour évoquer les jeunes années d’Hergé et les commandes qu’il a honorées pour la publicité.

L’exposition se conclue sur les premières esquisses de celui que ses camarades scouts surnommaient « Renard Curieux », et dont on réalise qu’il a toujours conçu le dessin comme un exercice de rigueur, à pratiquer consciencieusement, encore et encore, afin d’en approcher la maîtrise.

A la sortie, mon regard de Rat de Musée a vraiment changé sur ce dessinateur, dont je ne connaissais finalement que très peu la carrière en dehors de Tintin, et que j’ai été ravie de découvrir en amateur éclairé, en talentueux illustrateur publicitaire ou encore, et c’est un aspect très touchant, en « peintre du dimanche » portraiturant sa femme ou s’essayant à l’abstraction, tout en regrettant, peut-être, de ne pouvoir s’y consacrer pleinement.

« J’aime mes personnages, je crois en eux, ils existent pour moi. Il me semble que je réagirais comme eux si je me trouvais dans les situations où je les ai placés. »

Hergé

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La fresque finale, un régal.

J’avais prévu de vous résumer Hergé et Chtchoukine en un seul article, mais je me rends compte que j’ai eu les yeux plus gros que le ventre!

La suite, donc, au prochain épisode…

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Flash-back : Escapade à Mons! (1ère partie)

Mons 2015, capitale européenne de la culture…le Rat s’y est rendu en avril dernier (oui, ça fait un petit bout de temps! ^^ ), et se dit que, tiens! il vous raconterait bien sa visite!

10985664_461844743969461_2575984236013873339_nAprès Marseille en 2013, Riga et Umea en 2014, c’était au tour de la Belgique de recevoir le label de Capitale Européenne de la Culture… Au-delà des inévitables magouilles politiques, il s’agit quand même d’un joli sésame pour promouvoir la richesse et la diversité des patrimoines de la ville choisie : l’exemple de Lille en 2004 a suffi à prouver qu’un peu (beaucoup) de bonne volonté et, inévitablement, de subventions, peuvent opérer des miracles. Mons semble en tout cas engagée sur la bonne voie : je suis régulièrement son actualité sur la page officielle, et je note que les manifestations tiennent le rythme, et que les initiatives sont encore loin de s’essouffler.

Visiter Mons 2015, c’est tout un programme, et ça l’était encore plus lorsque le Rat Prof et moi nous y sommes rendus le week-end du 4 avril, qui coïncidait avec le festival Trolls et Légendes, un événement très prisé des fans du genre.

Pour cette première escapade en Belgique, nous avions soigneusement programmé notre parcours, avec en ligne de mire l’exposition Van Gogh au Borinage, dont la simple perspective aurait suffi à justifier le week-end. Au BAM (musée des Beaux-Arts de Mons), dessins et tableaux de jeunesse rassemblés ouvraient une autre perspective sur l’œuvre de l’immense artiste ; j’y ai découvert le portrait d’un homme peu sûr de son talent, appliqué et touchant comme un élève studieux, reproduisant des gravures découpées dans les revues d’époque, et observant les mineurs de ce pays de dur labeur qu’était à l’époque le bassin minier wallon. Une muséographie simple mais étudiée, quelques outils de médiation intéressants (des dispositifs audio en plusieurs langues, déclenchés par le passage du visiteur sous le casque) et le petit souvenir-gadget qui fait quand même bien plaisir, la photo au milieu des Tournesols, que l’on reçoit par e-mail le lendemain de sa visite…la forme ne le cédait en rien au fond. Une belle exposition, donc, pour explorer les facettes d’un génie obnubilé par une quête de vérité, tiraillé entre ses aspirations religieuses et ses inspirations picturales.

A la fin de la visite, l’installation participative « Range ta chambre » incitait le visiteur à coller quelques pastilles de couleur sur les murs immaculés (plus tellement à ce stade) de la Chambre de Vincent à Arles.

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Petit bonus : dans les jardins de l’Hôtel de Ville, on retrouvait la hutte des Mangeurs de pommes de terre, dans laquelle l’atmosphère fruste de ce maigre dîner chichement éclairé par la lumière vacillante d’une lampe est magnifiquement rendue, grâce à une installation immersive plongeant le spectateur, par un subtil jeu de miroirs, dans l’envers du décor!

Munis du plan de la ville, nous avons ensuite suivi le parcours de quelques-unes des quinze installations urbaines issues de l’imaginaire de jeunes artistes : des Paresseux en peluche suspendus à leurs branches comme des cocons prolongés de deux long bras poilus, aux magnifiques ailes dorées éployées comme pour un envol, en passant bien sûr par la fameuse tour de livres oscillant devant les fenêtres de l’Université…

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Des œuvres pleines de poésie, incitant à la réflexion, comme autant de rencontres au détour d’une placette ou d’un petit parc au cœur de la ville.

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