Marathon parisien – épisode 3!

Suite et fin de notre escapade parisienne, avec la découverte de la merveilleuse exposition « Icônes de l’art moderne » à la Fondation Louis Vuitton! Je m’y prends un peu tard, je le sais bien, pour ce compte-rendu ; malgré une prolongation de deux semaines par rapport au planning initial, la présentation de la collection Chtchoukine s’achèvera… demain, le 5 mars! Le bilan est impressionnant : depuis son ouverture au public le 22 octobre, cette exposition unique a déjà été vue par plus d’un million de visiteurs, dont certains, surtout cette dernière semaine, n’ont pas hésité à prendre d’assaut la Fondation dès sept heures du matin (il paraît même que le petit déjeuner était offert aux courageux…). Il était donc grand temps que je vous raconte notre expérience!

Après notre visite à Hergé au Grand Palais (à lire juste ici), et un déjeuner sur le pouce, nous longeons les grilles du Jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne, à la recherche de la Fondation. Soudain, tranchant sur les différentes nuances de vert et de marron des grilles ou des arbres qui nous entourent, un berlingot aux multiples facettes colorées se dresse à l’horizon. Rhabillée par Daniel Buren, l’architecture de Frank Gehry évoque un bouton de rose lentement effeuillé à mesure qu’il s’élève vers le ciel, ou une chrysalide qui se fendille sous l’impulsion de son occupant…

Si L’Observatoire de la Lumière, installation in situ de Daniel Buren composée de filtres colorés (qui se superposeront aux verrières jusqu’au mois d’avril), a pu déplaire aux puristes, je trouve pour ma part que l’intervention de l’artiste a sublimé le bâtiment ; les longues files de visiteurs qui serpentent au pied de la Fondation se mirent dans ses reflets changeants… oublieux, pour quelques instants au moins, de la longue attente que tous doivent subir, malgré les horaires mentionnés sur les billets achetés en ligne.

Après la queue, et une fois les sacs déposés au vestiaire, l’exploration peut commencer! Bien que la Fondation ait acquis un certain nombre d’œuvres présentées à tour de rôle ou installées à divers endroits stratégiques (on pense notamment aux commandes passées à Olafur Eliasson, Elsworth Kelly ou encore Adrian Villar Rojas, dont l’installation massive prend le frais sur la terrasse, mutant lentement au fil des aléas climatiques), ce sont bien les expositions temporaires qui font sa singularité et son succès… ou pas, puisque la Collection Chtchoukine est en fait la première à réellement faire le buzz.

À l’intérieur de l’exposition, le parcours est relativement sobre : pas de couleurs trop vives et des cartels discrets, le but étant bien de présenter les œuvres le plus justement possible… et celles-ci se suffisent largement à elles-mêmes, ô combien. Outre la chronologie du fil conducteur, les commissaires ont choisi de s’intéresser à la figure du collectionneur et mécène russe Sergueï Ivanovitch Chtchoukine, détaillant son parcours, ses relations, mais aussi et surtout ses interrogations esthétiques et artistiques. On le découvre ainsi en amateur d’art déjà éclairé, mais conscient de ne pas posséder toutes les clés nécessaires à l’interprétation des œuvres audacieuses produites par les peintres les plus avant-gardistes du temps, Picasso en tête, dont les toiles lui donnaient l’impression de « mâcher du verre pilé ».

La vidéo diffusée sur le grand mur incurvé de la salle de projection nous a laissés plus que perplexes, le Rat Prof et moi… est-ce le choix des acteurs ou celui de la mise en scène, ou bien les intermèdes dansés? Toujours est-il que nous n’avons pas adhéré au message…

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En ce qui concerne les cent trente tableaux présentés… que dire devant tant de chefs-d’œuvres, et surtout devant l’incroyable talent des maîtres rassemblés? De la beauté calme et solaire d’un jardin épanoui sous les touches délicates de Monet, à l’écho fantastique des couleurs de Matisse, en passant par les volumes aigus des nus de Picasso, le dépaysement est total, et le régal complet! Un petit bémol tout personnel, avec la conclusion de l’exposition, en accord avec la chronologie, mais moins avec mes affinités : les suprématismes et les avant-gardes russes (cela reste, encore une fois, marqué au sceau de ma propre subjectivité.). 20161212_160015Dans cette section en particulier, je dois avouer que j’ai été frappée par la complexité des cartels… dans l’ensemble de l’exposition d’ailleurs, la médiation est quasiment absente, et très discriminante lorsqu’on la découvre, puisqu’elle s’adresse de toute évidence à un public averti. On ne peut que déplorer cet état de fait auquel il aurait pourtant été très facile de remédier. Les visites guidées et l’application existent, certes, mais sont loin de suffire face aux singularités des différents publics potentiels (je pense aux enfants, à tout hasard.)… Dommage!

Je vous laisse sur un petit diaporama qui ne saurait, bien sûr, rendre toute la beauté de cette présentation unique, mais vous donnera peut-être une idée de l’expérience esthétique unique dans laquelle je me suis immergée avec bonheur.

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Et vous? Avez-vous eu la chance d’admirer cette exposition? Qu’en avez-vous pensé?

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Pont-Aven, par ses peintres.

Il y a quelques jours, le Rat Prof et moi avons profité de notre escapade en Bretagne, sous les rayons encore timides du soleil printanier, pour visiter la petite ville de Pont-Aven, et bien sûr le musée dédié aux peintres de l’école éponyme. Ayant réservé un hébergement juste à côté, nous avions prévu de consacrer une après-midi à la découverte du centre-ville, du Bois d’Amour, et de la chapelle de Trémalo, pour profiter le lendemain d’une matinée entière au contact des chefs d’œuvres de Gauguin, Sérusier et Filiger, au sein du musée qui vient de rouvrir ses portes après quatre années de travaux.

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La petite ville de Pont-Aven mérite le détour pour le voyageur traversant le Finistère ; entre charmant port de plaisance où se balancent les esquifs, galeries d’art à tous les coins de rue, et bien sûr mémoire des peintres qui y vécurent et y imprimèrent durablement leur empreinte (à moins que ce ne soit l’inverse?), les découvertes y sont nombreuses. Remontant la rue principale au hasard des devantures de galeries (et de marchands de galettes!), nous avons récupéré quelques brochures à l’office de tourisme avant d’entamer notre parcours, dans les pas des peintres…

Sur la petite place Paul Gauguin, nous avons marqué l’arrêt devant l’ancienne pension Gloanec, qui hébergea les artistes venus découvrir à Pont-Aven les charmes d’une vie bretonne non seulement plus « naturelle » mais également beaucoup moins onéreuse. Aujourd’hui transformée en librairie, il est toutefois possible d’accéder au premier étage, qui abrite une petite section réservée aux livres d’art, et où sont organisées des expositions temporaires. Dans l’escalier étroit, et malgré les réfections évidentes, une pointe d’émotion se fait néanmoins sentir, quand on pense aux peintres qui y traînèrent leurs galoches, sous l’œil bienveillant de la maîtresse des lieux (et femme d’affaires accomplie), Marie-Jeanne Le Gloanec.

De retour dans les calmes petites rues ensoleillées, c’est ensuite vers le Bois d’Amour que nous nous dirigeons, en longeant l’Aven et ses « chaos » de roches autour desquels se meuvent les eaux sinueuses. Sur ses berges, sous les frondaisons du Bois, des petits bancs sont disséminés. C’est ici que fut peint, sur un couvercle de boîte à cigares, le fameux  « Talisman », dicté par Gauguin à Paul Sérusier, concerto de bleus, de jaunes et de rouges qui devait plus tard inspirer les Nabis. La balade rattrape ensuite la ville par ses aspects les plus pittoresques, des jardins ouvriers où les rouge-gorges côtoient sans crainte le visiteur de passage, par les étroites ruelles menant aux ponts enjambant l’Aven, jusqu’au petit parc dédié à Xavier Grall, poète et journaliste breton. En ce début de printemps, les fleurs s’épanouissaient dans chaque massif, et les magnolias inclinaient avec grâce leurs grappes de pétales rosés au-dessus des eaux miroitantes… une promenade idyllique!

Nous avons conclu notre parcours à la chapelle de Trémalo, curieuse structure ramassée sur elle-même, sous la pente fuyante de son vaste toit. Moyennant une petite donation, le visiteur a le privilège d’éclairer lui-même l’intérieur de l’édifice, qui révèle d’étonnantes poutres sculptées, et surtout le « Christ Jaune », sculpture anonyme d’une grande force expressive, qu’immortalisa Gauguin à deux reprises. Un petit détour par le calvaire de Nizon (inspiration du « Christ Vert ») conclura notre après-midi.

Le lendemain, frais et dispos (et trépignant d’impatience, pour ma part!), nous voici enfin devant le musée dont nous n’avions aperçu, la veille, que les grilles closes. Nous sommes venus pour l’ouverture, mais nous sommes loin d’être seuls, quelques jours seulement après la réouverture officielle :  un car d’enfants et un groupe de seniors nous ont devancés! Prenant notre place dans la queue, nous arrivons devant l’accueil, et là… les choses se gâtent. Pas de bonjour (oui, c’est apparemment envisageable de ne pas saluer les visiteurs à l’accueil d’un musée… j’avoue qu’on ne me l’avait jamais faite, même dans les plus grands établissements culturels!), un soupir agacé quand le Rat Prof exhibe son Pass Education, les yeux au ciel quand nous énonçons nos âges respectifs… et, alors que le couple de seniors devant nous avait eu droit au plan de visite et à l’audioguide, proposés avec un sourire, nous devons nous contenter de… nos billets! Nous sommes trop estomaqués pour réagir sur le coup, et nous nous efforçons de nous persuader qu’un aussi mauvais accueil n’augurera pas du reste de la visite…

Le musée de Pont-Aven est un joli écrin de verre, de métal et de bois, une structure aérée qui ouvre sur un jardin dont nous apprendrons plus tard qu’il a été composé d’après une œuvre de Charles Filiger (« Paysage rocheux, le Pouldu »). Au premier étage, la salle Julia (ancienne salle à manger de l’Hôtel Julia dans lequel est aménagée l’extension du musée) s’enrichit de trois lustres designés par Matali Crasset. La réfection et l’agrandissement (de 2012 à 2016, le musée a ainsi doublé sa superficie) semblent avoir été placés sous le signe de l’efficacité et de la modernité discrète ; les volumes sont agréables, et la luminosité parfaite.

Nous découvrons d’abord l’exposition temporaire consacrée aux Rouart, une famille d’industriels passionnés d’art, et dont trois membres en particulier, Henri (le père), Ernest (le fils) et Augustin (le petit-fils), se sont essayés à la peinture. Honnêtement, nous n’avons pas été fascinés par l’histoire, brièvement esquissée, de la dynastie Rouart. Seules quelques toiles ont retenu notre attention, les « Baigneurs sur la plage » d’Ernest notamment ; pour le reste, beaucoup de maladresses (en particulier chez le patriarche, Henri) et des coloris assez pompiers… l’argent et le carnet d’adresses ne font pas la légitimité!

Nous montons d’un étage, à la découverte des collections permanentes. Le battage médiatique qui a suivi la réouverture (le 26 mars) faisait la part belle à Gauguin ; si je me doutais que nous ne découvririons pas, à Pont-Aven, de tableaux de la période polynésienne ou des chefs d’œuvres comme « La Vision du Sermon », j’espérais quand même de belles surprises. Malheureusement, la collection est finalement assez réduite : quelques belles gravures (Cuno Amiet, Carl Moser) qui établissent un parallèle avec les estampes japonaises Ukiyo-e, des Maurice Denis et des Émile Bernard (magnifique « Madeleine au Bois d’Amour »), d’autres suiveurs de l’école de Pont-Aven, parmi lesquels Emile Jourdan, quelques Nabis, une salle « Gauguin » dans laquelle on peut admirer quelques gravures sur zinc, un joli pastel de Bretonnes et deux tableaux prêtés par le musée d’Orsay, et puis… c’est tout! Déjà?!

On mentionnera quand même le diaporama de cartes postales anciennes animées (la bonne idée du début de parcours), le pôle didactique autour de la gravure (trop statique, dommage), et la très bonne vidéo explicative qui permet de mieux comprendre la naissance de l’école de Pont-Aven autour de la personnalité de Gauguin, et les emprunts des uns aux autres (Gauguin se serait en fait inspiré du cadrage révolutionnaire des « Bretonnes dans la Prairie Verte », d’Émile Bernard, pour créer sa « Vision du Sermon »), les différentes influences, notamment celle de l’art asiatique avec les estampes japonaises, et les courants qui naîtront de ces recherches picturales, du synthétisme aux Nabis.

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Nous repartons un peu sur notre faim et surtout extrêmement déçus par l’accueil qui nous a été réservé (ou « pas » réservé, d’ailleurs). Autre exemple d’une attitude anormale de la part de l’équipe : dans l’une des salles, alors que nous nous interrogions sur le rectangle plus clair au centre d’un tableau d’Émile Jourdan (« Pont-Aven, la chapelle de Trémalo »), une médiatrice, debout dans un coin, nous regardait nous questionner sans mot dire. A peine nous étions-nous éloignés qu’elle s’est précipitée sur le couple âgé qui nous suivait, pour leur expliquer le pourquoi du comment de ce fameux rectangle blanc, le tout en chuchotant au cas où nos oreilles indiscrètes auraient pu capter une partie de ses explications. J’ai dû retourner vers elle pour lui demander de bien vouloir nous communiquer les précieuses informations… Inutile de préciser qu’à la boutique (comptoir unique avec l’accueil), et malgré nos achats, nous n’avons pas eu droit au moindre sourire.

Nous garderons donc un souvenir très mitigé de cet établissement dans lequel nous avons eu la nette impression de ne pas être bienvenus ; était-ce dû à notre âge? à nos chaussures de randonnée? Je suis en tout cas certaine d’une chose : aucun visiteur ne devrait avoir à se remettre en question au sortir d’un musée, quel que soit le contexte.

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Vue d’artiste de ma tête désappointée et fâchée (doux euphémismes!) à la fin de la visite.